Et là, je vous vois venir : c'est tout ? Un mini-sujet comme ça, ça ne me ressemble pas... Vous avez raison, et c'est pourquoi je vais formuler une question pour continuer plus avant notre réflexion.
La question que je me pose (et vous aussi, j'en suis sûr) : pourquoi rit-on ? Pourquoi le rire rapproche ainsi ? Quelle est la mécanique interne au rire ?
« Le rire est le propre de l'homme », disait Descartes... Euh... A moins que ce soit Rousseau... Ou Rabelais, je sais plus... Bon en tout cas c'était un mec pas con qui l'a dit. Toujours est-il que l'humour est la propriété exclusive de l'homme. Enfin, pas totalement : j'ai dans mes archives personnelles stockées dans mon abri anti-nucléaire un cas de l'université de Strasbourg. C'est le seul cas où on ne sait pas si l'animal a fait preuve d'humour. En fait, c'était un chimpanzé à qui l'on avait appris à communiquer par le langage des signes. Lors d'un test, un laborantin prend un mouchoir en tissu blanc et demande au singe de quelle couleur il est. Le singe appuie sur ce qui correspond au rouge. Le laborantin lui fait signe que c'est faux et lui montre encore le mouchoir. Le singe s'entête encore deux fois dans son erreur, puis, au moment où le laborantin est près d'abandonner, le singe prend le mouchoir et montre le fil rouge qui était tissé autour du mouchoir ! Puis le singe fait ce que les comportementalistes appellent la « mimique du jeu ».
Le rire n'est donc pas le propre de l'homme, ou presque. En fait, c'est le seul cas que l'on connaisse où une bête pas si bête que ça a fait de l'humour... On ne sait donc pas avec certitude si c'est un cas isolé ou si les singes connaissent celle du fou qui repeint son plafond.
Pour comprendre la véritable signification du rire, il nous faut considérer un de ses aspects primitifs. « Tout est déterminé par l'enfance », disait je ne sais plus quel savant qui n'avait rien d'autre à faire que de dire des conneries en jouant à la belote (« bon, si j'ai bien compté, il ne reste plus d'atouts... ;-) dédicace à ceux qui comprendront).
Prenons ceci comme postulat. Si tout est déterminé depuis l'enfance, alors regardons pourquoi les enfants rient. Bon, vaste question vous allez dire, mais je suis intimement persuadé que tous les rires n'ont qu'une seule cause. Voyons voir : des enfants qui rient dans la cour de l'école, faisant une farandole riante autour de l'un de leurs camarades, qui lui ne rit pas. Vous voyez où je veux en venir ? Mon avis est celui-ci : le rire est moquerie.
Autre exemple d'esprit primitif : les hommes-chaussettes (d'aucuns les appellent familièrement les « caïra », mais étant donné que je n'ai aucun lien avec eux, j'emploierai ici le néologisme inventé par Sophie, qui se reconnaîtra si elle passe un jour par ici). Ces oiseaux nocturnes qui crachent dans les couloirs (berk) et fument du cannabis (berk) en écoutant du rap (berk berk berk) ont en effet une psychologie basique, primaire, et un Q.I. proche de celui d'une huître. Bon, pas tous, mais la plupart quand même. Imaginez une bande de ces cucurbitacées s'approcher à cinq, vous barrer le chemin et vous accostant familièrement. Si l'un d'eux vous dit quelque chose de très intelligent (mais tout est relatif), les autres vont... rire. Parce qu'ils se moquent de vous. Ce n'est qu'un exemple parmi tant d'autres.
Mais tout le monde, même vous (surtout vous, méchants) se moque un jour où l'autre de quelqu'un (exemple : l'anagramme de moka, ou 'Malaga'). Quand vous vous moquez de lui, que ce soit devant lui ou derrière lui, vous riez. Vous pourriez l'insulter, mais ce serait trop direct ; et à la différence de l'humour, les insultes contiennent de la haine ; alors vous vous riez de lui.
Autre exemple moins « basique » (quoique...) : « Vidéo Gag ». Exemple : vous voyez une personne sur un plongeoir rebondir, rebondir, rebondir... et se glander monumentalement : vous riez, bien sûr. Même si ça fait mal et tout ça, le type s'est glandé tout seul en voulant faire le malin, et du fait n'était pas très malin en rebondissant dix fois sur un plongeoir mouillé. Idem pour la caméra cachée : les gens ne savent pas que c'est une caméra cachée, et vous vous moquez de ces gens, naïfs, à qui vous jouez un bon tour en les piégeant, et en regardant leurs réactions de c*** en voyant la voiture tomber du haut de la falaise...
Pour étayer ma thèse, je pourrais nuancer de la manière suivante : le rire est une moquerie, mais une moquerie pas forcément méchante, ou une fausse moquerie. Je prends pour exemple ces comiques qui remplissent les salles de France et de Navarre : s'ils prenaient pour eux les rires (et donc les moqueries) des spectateurs, ils en seraient vite blessés. Mais ils savent (et le public aussi) que c'est pour de faux, qu'ils se moquent plutôt du personnage ; alors ils se font une spécialité de l'humour.
L'humour tel qu'il est, avec les blagues en tout genre, est ainsi fait : la moquerie est volontaire, mais en quelque sorte « pour de faux ». Prenons un exemple de blague : la classique des girafes et des feux rouges (l'énoncé étant : « Un paysan plante des feux rouges dans son champ. Un touriste passe : « Pourquoi vous plantez des feux rouges ? – Pour faire fuir les girafes. – Mais il n'y a pas de girafes ici ! – Forcément, j'ai mis des piquets ! »... désolé...). Là, dans ce cas, on se moque du paysan qui plante – inutilement, cela va sans dire – des feux rouges pour faire fuir les girafes. C'est la même chose pour celle du fou qui repeint son plafond ; en fait, dans toutes les histoires drôles, on se moque de quelqu'un.
Une autre forme d'humour est la parodie. Là, l'exemple est flagrant, et même le petit Robert le dit : la parodie, c'est le détournement de certains codes précis qui forment un genre, et ce afin de se moquer de ce genre. Pas besoin d'explication ici.
Une dernière forme d'humour : les calembours, jeux de mots et autres contrepèteries (procédé humoristique qui se crée en faisant ceci : vous prenez une phrase, vous inversez deux sons et vous obtenez une autre phrase, grivoise de préférence. Exemple : le fakir est arrivé à pied par la Chine ; ou encore : il y a du moka dans l'auto kabyle). Ces formes d'humour, certes, ne font pas rire tout le monde (j'en sais quelque chose). Mais quand vous placez un jeu de mot au détour d'une phrase alambiquée, vous vous moquez en quelque sorte de la langue, des deux mots, et c'est pour cela que l'on rit. Ou alors, on vous gratifie d'un « Qu'il est con ! » et on rit, car on se moque de vous et de votre absurdité (mais qu'est-ce qui vous a pris de raconter que les femelles pingouins étaient toutes homos, car c'étaient des pingouines ??). L'absurdité est risible, aussi, car la folie est risible, l'incohérence aussi, car il faut être cohérent, dans la vie.
Alors pourquoi le rire fait-il rire ?? (très belle question...) Eh bien, c'est à mon avis parce que le rire est une manifestation de joie. Quelqu'un qui fait rire du monde leur donne un sujet sur le dos duquel l'on peut se moquer ; il communique ainsi de la joie, rend ses congénères joyeux, lui aussi par la même occasion, et tout le monde évacue son stress. D'autre part, pour faire rire à une blague, il faut soi-même être joyeux (ce qui attire les gens) : quelqu'un qui déprime n'ira pas vous raconter la blague du python-tuile (« mon premier est un serpent, mon deuxième est ce qu'il y a sur un toit, et mon tout est ce que les Alsaciens ont dans leur coffre de voiture »... vous voyez ? on se moque de l'accent alsacien), et quelqu'un d'agressif ou de sombre ne vous fera certainement pas rire (ou alors de surprise, à cause du décalage, et la moquerie sera pour le fait qu'il ne se comporte pas comme il « devrait »). De plus, le rire permet à tout le monde de se moquer d'un fait ou d'une personne ; ce comportement est semblable à celui du « souffre-douleur » que l'on retrouve chez les rats et les hommes, même à l'heure actuelle : on tape tous sur quelqu'un, et ça renforce les liens de la tribu.
Un dernier petit exemple avant de rendre l'antenne : en 1970, Saul Alynski (ancien gangster d'Al Capone, provocateur hippy et fondateur du plus grand syndicat américain) publiait dix règles pour survivre en société. La quatrième est : « L'humour est l'arme la plus efficace lors d'une confrontation verbale. Si on arrive à ridiculiser, ou mieux, contraindre l'adversaire à se rendre ridicule tout seul, il lui devient très difficile de remonter au créneau. ». C'est très vrai, je trouve : l'humour permet le ridicule, donc la moquerie générale, et c'est une très bonne arme contre un adversaire (mais aussi une bonne défense : « L'amour comme épée, l'humour comme bouclier »)
Et on finit le commentaire composé par une ouverture de sujet ( ;-) ) : je fais ici référence à une nouvelle d'Isaac Asimov, qui s'appelle Le Plaisantin. Dans cette nouvelle, Asimov met en scène des ingénieurs et l'ordinateur le plus puissant du monde, Multivac (personnage récurrent). Un ingénieur a l'idée un jour de raconter des blagues à Multivac pour qu'il les analyse et voie pourquoi l'on rit. La conclusion (et la chute de la nouvelle) de Multivac est : l'humour est un phénomène extraterrestre, implanté dans nos cerveaux par des extraterrestres, et les calembours sont des formes d'humour que l'homme doit inventer sur le moment, dans une conversation : c'est de l'humour « humain », pas perfectionné, et qui donc ne fait rire personne. A la fin de la nouvelle, les extraterrestres étant démasqués, ceux-ci décident d'arrêter l'expérience, et les humains ne rirent plus du tout... (tristesse infinie !)
Une autre référence à une nouvelle : il s'agit de Le Haut et Gentil Lieu, de Richard Matheson, et dans lequel un homme tente de découvrir l'origine de toutes les histoires drôles, de préférence les « salées »... Excellente nouvelle, donc si vous avez l'occasion de la lire...
Voilà, c'est tout pour aujourd'hui...
