En gros, est-ce qu'il peut y avoir liberté quand il y a égalité, et peut-il y avoir égalité quand il y a liberté ; voilà l'essence de ma question. La question étant complexe, je ne peux pas trop me prononcer sur ce sujet ; cependant, j'aurais tendance à dire oui.
D'abord, quand on parle de liberté, et d'égalité, de quoi s'agit-il ? Est-ce la liberté selon la définition de tous les livres d'éducation civique : « la liberté de chacun finit là où commence celle des autres » ? Est-ce la liberté selon une définition proudhonesque (néologIsme ; basé sur le nom de Pierre-Joseph Proudhon, théoricien de l'anarchIsme), c'est à dire que « chacun fait ce qu'il lui plaît » ? (à cet égard, on considèrera la chanson du même nom comme appartenant au courant de pensée de l'anarchisme... non ?) Et puis, de toute façon, peut-on parler de liberté alors que nous avions démontré que la liberté n'existait purement et simplement pas ? Et quand on parle de l'égalité, est-ce égalité de tous dans la société, sans discriminations ? Est-ce que les hommes doivent être égaux financièrement aussi ?
Cruel dilemme (que la main de Corneille n'eût pas nié). En vérité, la question est bien difficile à appréhender, à cause des nuances que l'on peut apporter aux notions de liberté et d'égalité...
Alors, que faire ? Passons un marché : quand on parlera de « monde libre », ce sera un monde où tout le monde pourra faire ce qu'il veut, un monde anarchique (=sans pouvoir, aucune connotation négative dans ce mot). Car en effet, à partir du moment où une société régit les hommes, elle les empêche d'agir librement. Donc un monde où tout le monde fait ce qu'il veut.
Quand l'on parlera de « monde égalitaire », tout le monde sera égal dans la société, aura les mêmes droits, les mêmes devoirs ; ce sera un monde de tolérance, sans discrimination aucune. Mais aussi un monde où les forts ne seraient pas plus forts que les faibles, dans le sens où ils ne pourront pas abuser de la force de leurs gros muscles luisants de sueur au galbe ferme et dodu – j'arrête, ça m'excite !
Et là, c'est le drame ; on voit un peu où je veux en venir en relisant le paragraphe précédent : il y a une contradiction. En effet, un monde où tout le monde est libre est un monde sans société aucune, au contraire d'un monde où tout le monde serait égal. Alors, que faire ? Si un monde libre n'a pas de société, et qu'un monde égal en a une, alors c'est forcément incompatible !
On pourrait essayer de mettre un peu d'ordre dans le monde égal ; mais le problème est que pour garantir l'égalité de tout le monde, ce monde doit établir des règles.
En effet, dans un monde sans pouvoir qui commande tout, on se retrouverait malheureusement bien vite au niveau de l'homme des cavernes : mort, destruction et vie... Les plus forts tueraient les plus faibles, les plus intelligents échapperaient aux plus forts, etc. Bref, comme on en a fait l'expérience chez les rats, on se retrouverait avec un système « dominant-dominé » ou « exploiteur-autonome-souffre-douleur-exploité ». Et alors que je me préparais à mettre entre parenthèses (^^) « voir l'article ... », je me rends compte que j'ai oublié de vous raconter cette expérience riche en renseignements utiles...
En fait, dans la société rat, il existe quatre ordres : exploiteur, autonome, souffre-douleur et exploité. Les scientifiques ont réalisé l'expérience en mettant six rats dans une cage, un trou qui mène vers de l'eau, et au bout du tunnel, du pain. Les rats s'organisèrent bien vite de la façon suivante : deux exploiteurs, deux exploités, un souffre-douleur et un autonome. Les exploités allaient chercher le pain au bout du tunnel, et revenaient. Là, les exploiteurs leur tapaient dessus afin de récupérer leur butin ; les exploités devaient se contenter de ce qui restait. Le souffre-douleur, quant à lui, était incapable d'aller chercher sa nourriture et incapable de défier les exploiteurs ; il se contentait donc des miettes tombées pendant les combats. L'autonome était un rat assez fort pour résister aux exploiteurs et garder sa pitance. Le plus incroyable dans tout cela, c'est que les scientifiques ont répété l'expérience en mettant dans la même cage six autonomes, six exploités, ou six exploiteurs. Le même scénario se produisit dans toutes les cages : les rats se battirent toute la nuit, et au matin il y avait dans chaque cage deux exploiteurs, deux exploités, un souffre-douleur et un autonome. Preuve que la société rat conserve un ordre immuable et quasi-intuitif.
A la lumière de cette historiette édifiante, on se rendra vite compte que ça va être la même chose pour les humains : ils établiront un rapport « dominant-dominé » (ou autre) avec tous leurs congénères.
Les hommes n'étant pas tous égaux (du fait de la Nature, des gènes, de l'éducation, de l'environnement, etc.), il faut pour leur garantir à tous l'égalité l'insuffler de manière artificielle. Or l'ajout de règles (ou d'autres choses pas encore inventées) conduit à une altération de la liberté, puisque l'homme ne peut pas faire ce qu'il veut ; par exemple, il devra payer des impôts afin de garantir l'égalité de tout le monde, concernant l'accès à la nourriture ou la sécurité par exemple. Or, payer des impôts n'est pas une chose naturelle chez l'homme, qui a tendance à traîner les pieds quand on lui demande de payer sa déclaration ; et quand on contraint l'homme à faire quelque chose qui est contre sa nature, on touche à sa liberté.
Mais on peut aussi se demander : que serait dans tout ça un monde sans argent ? (parce que j'ai parlé des impôts plus haut, et cette uchronie, bien que gratuite, est intéressante)
Regardons un monde sans argent : tout le monde serait égal, puisque chacun pourrait se servir au marché pour son repas du soir, et n'importe qui pourrait avoir une Porsche. En contrepartie, pour faire marcher cette société, il faut des ouvriers, des travailleurs ; et, avouons-le, les gens travaillent car ils ont besoin d'argent pour travailler. Il faudrait donc mettre ces fainéants au travail (puisque l'argent, leur motivation première pour travailler, a disparu, les gens ne vont pas naturellement travailler) : et ceci implique de toucher à la liberté de l'homme. Cependant, la restriction de liberté ne serait à mon avis pas plus conséquente que celle que l'on vit actuellement, dans notre société (elle serait peut-être même moins importante, car il n'y aurait plus de publicités, puisqu'on ne vend plus de produits). Bref, ma proposition est la suivante : supprimons l'argent, maintenant !
Mais je reviens sur ce que j'ai dit plus haut : pour faire marcher la société, il faut des travailleurs et ouvriers. Et que se passera-t-il donc si jamais on pouvait construire des robots et autres androïdes, pour qu'ils travaillent à notre place ? (idée un petit peu piquée à Asimov, je l'avoue ; voir le cycle des Cavernes d'Acier, et surtout Face aux feux du soleil) Ce serait une très bonne solution : on construit des robots pour travailler à notre place, l'argent disparaît, et de ce coup, on aura des hommes beaucoup plus égaux et beaucoup plus libres ! Le seul problème, c'est que la société actuelle, et les puissants qui ont de l'argent, ont tout intérêt à, par exemple, étouffer le fait qu'on puisse construire des robots pour travailler à notre place, parce que sinon, ils se retrouveraient sans pouvoir aucun ! (nous sommes manipulés par eux ; si ça se trouve, ça fait vingt ans que le premier androïde a été construit...)
Que retenir de la leçon d'aujourd'hui ? Eh bien, que l'homme ne peut pas être totalement libre et totalement égau (bah oui, le x est la marque du pluriel, alors il suffit de l'enlever) ; on ne peut pas (ne sait pas ?) construire un monde où tout le monde peut être à la fois libre et égau. L'objectif d'un monde, d'une utopie serait alors de tenter de réduire au minimum la liberté et l'égalité de chacun. Mais la liberté absolue et l'égalité absolue n'existent pas. Et dans ce cas, la devise française comporterait une oxymore ! Quels poètes nous sommes, tiens : mettre des figures de style jusque dans notre devise...
Cependant, la question n'est pas totalement résolue, car tout dépend de sa définition de la liberté et de l'égalité... Bref, un sacré débat qui, j'en suis sûr, va être la préoccupation principale des philosophes de l'an 3000... (non ?)
Album écouté : Seventh Son Of A Seventh Son, Iron Maiden (mes vieux copains, mes potes Iron (pour comprendre ce jeu de mots, prononcer à la berrichonienne (ou alors passez, ça n'a aucune espèce d'importance)))
