La liberté et l'égalité sont-elles foncièrement incompatibles ?

La liberté et l'égalité sont-elles foncièrement incompatibles ?
Ouyaye... La question a l'air difficile... ^^
En gros, est-ce qu'il peut y avoir liberté quand il y a égalité, et peut-il y avoir égalité quand il y a liberté ; voilà l'essence de ma question. La question étant complexe, je ne peux pas trop me prononcer sur ce sujet ; cependant, j'aurais tendance à dire oui.

D'abord, quand on parle de liberté, et d'égalité, de quoi s'agit-il ? Est-ce la liberté selon la définition de tous les livres d'éducation civique : « la liberté de chacun finit là où commence celle des autres » ? Est-ce la liberté selon une définition proudhonesque (néologIsme ; basé sur le nom de Pierre-Joseph Proudhon, théoricien de l'anarchIsme), c'est à dire que « chacun fait ce qu'il lui plaît » ? (à cet égard, on considèrera la chanson du même nom comme appartenant au courant de pensée de l'anarchisme... non ?) Et puis, de toute façon, peut-on parler de liberté alors que nous avions démontré que la liberté n'existait purement et simplement pas ? Et quand on parle de l'égalité, est-ce égalité de tous dans la société, sans discriminations ? Est-ce que les hommes doivent être égaux financièrement aussi ?
Cruel dilemme (que la main de Corneille n'eût pas nié). En vérité, la question est bien difficile à appréhender, à cause des nuances que l'on peut apporter aux notions de liberté et d'égalité...

Alors, que faire ? Passons un marché : quand on parlera de « monde libre », ce sera un monde où tout le monde pourra faire ce qu'il veut, un monde anarchique (=sans pouvoir, aucune connotation négative dans ce mot). Car en effet, à partir du moment où une société régit les hommes, elle les empêche d'agir librement. Donc un monde où tout le monde fait ce qu'il veut.
Quand l'on parlera de « monde égalitaire », tout le monde sera égal dans la société, aura les mêmes droits, les mêmes devoirs ; ce sera un monde de tolérance, sans discrimination aucune. Mais aussi un monde où les forts ne seraient pas plus forts que les faibles, dans le sens où ils ne pourront pas abuser de la force de leurs gros muscles luisants de sueur au galbe ferme et dodu – j'arrête, ça m'excite !

Et là, c'est le drame ; on voit un peu où je veux en venir en relisant le paragraphe précédent : il y a une contradiction. En effet, un monde où tout le monde est libre est un monde sans société aucune, au contraire d'un monde où tout le monde serait égal. Alors, que faire ? Si un monde libre n'a pas de société, et qu'un monde égal en a une, alors c'est forcément incompatible !

On pourrait essayer de mettre un peu d'ordre dans le monde égal ; mais le problème est que pour garantir l'égalité de tout le monde, ce monde doit établir des règles.
En effet, dans un monde sans pouvoir qui commande tout, on se retrouverait malheureusement bien vite au niveau de l'homme des cavernes : mort, destruction et vie... Les plus forts tueraient les plus faibles, les plus intelligents échapperaient aux plus forts, etc. Bref, comme on en a fait l'expérience chez les rats, on se retrouverait avec un système « dominant-dominé » ou « exploiteur-autonome-souffre-douleur-exploité ». Et alors que je me préparais à mettre entre parenthèses (^^) « voir l'article ... », je me rends compte que j'ai oublié de vous raconter cette expérience riche en renseignements utiles...
En fait, dans la société rat, il existe quatre ordres : exploiteur, autonome, souffre-douleur et exploité. Les scientifiques ont réalisé l'expérience en mettant six rats dans une cage, un trou qui mène vers de l'eau, et au bout du tunnel, du pain. Les rats s'organisèrent bien vite de la façon suivante : deux exploiteurs, deux exploités, un souffre-douleur et un autonome. Les exploités allaient chercher le pain au bout du tunnel, et revenaient. Là, les exploiteurs leur tapaient dessus afin de récupérer leur butin ; les exploités devaient se contenter de ce qui restait. Le souffre-douleur, quant à lui, était incapable d'aller chercher sa nourriture et incapable de défier les exploiteurs ; il se contentait donc des miettes tombées pendant les combats. L'autonome était un rat assez fort pour résister aux exploiteurs et garder sa pitance. Le plus incroyable dans tout cela, c'est que les scientifiques ont répété l'expérience en mettant dans la même cage six autonomes, six exploités, ou six exploiteurs. Le même scénario se produisit dans toutes les cages : les rats se battirent toute la nuit, et au matin il y avait dans chaque cage deux exploiteurs, deux exploités, un souffre-douleur et un autonome. Preuve que la société rat conserve un ordre immuable et quasi-intuitif.
A la lumière de cette historiette édifiante, on se rendra vite compte que ça va être la même chose pour les humains : ils établiront un rapport « dominant-dominé » (ou autre) avec tous leurs congénères.
Les hommes n'étant pas tous égaux (du fait de la Nature, des gènes, de l'éducation, de l'environnement, etc.), il faut pour leur garantir à tous l'égalité l'insuffler de manière artificielle. Or l'ajout de règles (ou d'autres choses pas encore inventées) conduit à une altération de la liberté, puisque l'homme ne peut pas faire ce qu'il veut ; par exemple, il devra payer des impôts afin de garantir l'égalité de tout le monde, concernant l'accès à la nourriture ou la sécurité par exemple. Or, payer des impôts n'est pas une chose naturelle chez l'homme, qui a tendance à traîner les pieds quand on lui demande de payer sa déclaration ; et quand on contraint l'homme à faire quelque chose qui est contre sa nature, on touche à sa liberté.

Mais on peut aussi se demander : que serait dans tout ça un monde sans argent ? (parce que j'ai parlé des impôts plus haut, et cette uchronie, bien que gratuite, est intéressante)
Regardons un monde sans argent : tout le monde serait égal, puisque chacun pourrait se servir au marché pour son repas du soir, et n'importe qui pourrait avoir une Porsche. En contrepartie, pour faire marcher cette société, il faut des ouvriers, des travailleurs ; et, avouons-le, les gens travaillent car ils ont besoin d'argent pour travailler. Il faudrait donc mettre ces fainéants au travail (puisque l'argent, leur motivation première pour travailler, a disparu, les gens ne vont pas naturellement travailler) : et ceci implique de toucher à la liberté de l'homme. Cependant, la restriction de liberté ne serait à mon avis pas plus conséquente que celle que l'on vit actuellement, dans notre société (elle serait peut-être même moins importante, car il n'y aurait plus de publicités, puisqu'on ne vend plus de produits). Bref, ma proposition est la suivante : supprimons l'argent, maintenant !
Mais je reviens sur ce que j'ai dit plus haut : pour faire marcher la société, il faut des travailleurs et ouvriers. Et que se passera-t-il donc si jamais on pouvait construire des robots et autres androïdes, pour qu'ils travaillent à notre place ? (idée un petit peu piquée à Asimov, je l'avoue ; voir le cycle des Cavernes d'Acier, et surtout Face aux feux du soleil) Ce serait une très bonne solution : on construit des robots pour travailler à notre place, l'argent disparaît, et de ce coup, on aura des hommes beaucoup plus égaux et beaucoup plus libres ! Le seul problème, c'est que la société actuelle, et les puissants qui ont de l'argent, ont tout intérêt à, par exemple, étouffer le fait qu'on puisse construire des robots pour travailler à notre place, parce que sinon, ils se retrouveraient sans pouvoir aucun ! (nous sommes manipulés par eux ; si ça se trouve, ça fait vingt ans que le premier androïde a été construit...)

Que retenir de la leçon d'aujourd'hui ? Eh bien, que l'homme ne peut pas être totalement libre et totalement égau (bah oui, le x est la marque du pluriel, alors il suffit de l'enlever) ; on ne peut pas (ne sait pas ?) construire un monde où tout le monde peut être à la fois libre et égau. L'objectif d'un monde, d'une utopie serait alors de tenter de réduire au minimum la liberté et l'égalité de chacun. Mais la liberté absolue et l'égalité absolue n'existent pas. Et dans ce cas, la devise française comporterait une oxymore ! Quels poètes nous sommes, tiens : mettre des figures de style jusque dans notre devise...
Cependant, la question n'est pas totalement résolue, car tout dépend de sa définition de la liberté et de l'égalité... Bref, un sacré débat qui, j'en suis sûr, va être la préoccupation principale des philosophes de l'an 3000... (non ?)


Album écouté : Seventh Son Of A Seventh Son, Iron Maiden (mes vieux copains, mes potes Iron (pour comprendre ce jeu de mots, prononcer à la berrichonienne (ou alors passez, ça n'a aucune espèce d'importance)))

# Posté le vendredi 24 mars 2006 12:59

L'univers est-il cyclique ?

Waaw super sujet je sens...
Je tiens à vous dire que je suis agnostique sur cette question. Tout au plus je peux vous donner ma conception des choses, mon modèle théorique, libre à vous d'y adhérer (comme toujours, d'ailleurs). Quand on parle de l'univers, peut-on parler de l'Univers en général ? De tout l'univers ? Dans sa totalité ? Ou juste les concepts ?


A cette question, vous vous direz peut-être que la réponse est triviale, que non, l'univers n'est pas cyclique, que l'humanité a changé depuis le siècle dernier, que vous ne faites pas la même chose demain. Tout ce qui a commencé doit finir, vous dites-vous (c'était le slogan de sortie de Matrix 3... quelles références cinématographiques ! je ne vous félicite pas) : le Soleil arrêtera de brûler dans quelques milliards d'années, vous mourrez un jour... Tout ne se répète pas indéfiniment, et heureusement sinon la vie serait très emmerdante...

Regardez autour de vous. Vous voyez une horloge. Une horloge, qui si vous laissez s'écouler exactement 24 heures, vous donnera la même heure. Votre classeur d'histoire, où il y a la leçon qui parle de l'économie mondiale, et des cycles de Kondratiev (phase 1 = expansion et prospérité, phase 2 = destruction et marasme économique – joli mot, n'est-il pas ?). Regardez dehors : le Soleil sera à la même place dans 24 heures, ou dans un an. Regardez une fille... (je vous laisse terminer par peur de donner dans le scabreux avec des allusions à Moïse et autre... cependant c'est un autre exemple, qui vaut aussi son pesant de cacaouhètes)
La nature semble donc être pleine de cycles. Mais en y regardant de plus près, tous ces cycles (à part pour les femmes, ça j'avoue ne pas savoir d'où ça vient...) dérivent finalement d'un seul cycle : celui de la Terre et du Soleil.
Regardez : une année est construite sur la base de la durée de la révolution de la Terre. Les saisons défilent toujours dans le même ordre (mais ça va pas durer, Mme Lecrouchard, avec toutes les saloperies qu'ils nous balancent dans la couche d'ozone...). De même pour les êtres vivants, où il y a des saisons des amours, des saisons de ponte, etc.
La nature comporterait des cycles finalement grâce (à cause ?) de la rotation de la Terre autour du Soleil, qui revient à sa place 365,24 jours plus tard. Mais, allez-vous me dire, ça n'explique pas les cycles de Kondratiev ! (transition artificielle j'en conviens, mais je vous emmerde c'est mon blog)

Est-ce que les hommes aussi sont gouvernés par des cycles ? Est-ce qu'il se produit toujours la même chose depuis la nuit des temps ?
Dans sa nouvelle L'arbre des possibles, Bernard Werber (encore lui) part du postulat que tout est cyclique ou se reproduit à intervalle régulier. Il donne comme exemples (théoriques, je ne sais s'ils sont valides) que tous les 11 ans il se produit une recrudescence de la violence à l'échelle planétaire ; tous les 7 ans les cours de la Bourse s'effondrent ; tous les 3 ans il y a une augmentation du nombre des naissances. Ces phénomènes, constatés mais non expliqués, il s'en sert pour en quelque sorte prédire l'avenir : puisque tout est cyclique, en connaissant le passé on connaîtrait le futur...
Est-ce que c'est vraiment vrai ? Eh bien si on se réfère à un précédent article, j'ai brillamment démontré avec un brio qui m'étonne moi-même (ironie) que l'homme se servait de son environnement, d'exemples (exemplum ou exempla ? là est la question), de son éducation pour construire son mode de pensée. Or les parents ont bien entendu tendance à éduquer leurs enfants en leur inculquant leurs valeurs, en leur disant ce qui est bien et pas bien (ce qui est totalement subjectif à mon avis) ; vous avez souvent entendu des phrases comme « il est aussi con que son père » (^^) , ou si vous versez un peu plus dans la psychologie : « les enfants ont tendance à reproduire le modèle familial dans lequel ils ont été éduqués : par exemple, les enfants de divorcés auraient plus de chances de divorcer plus tard eux-mêmes » (je pense que c'est purement théorique, mais ça fait réfléchir) ; de plus nombre d'adultes souffrent car ils ont la même vision du monde que leurs parents (« les hommes, c'est tous les mêmes », etc). Dans ces conditions, si l'histoire se répète pour les humains, les valeurs se transmettent, il ne serait pas étonnant que l'on retrouve des enfants pensant comme leurs parents en leur temps – dans ce cas, les réactions et autres interactions sociales seraient les mêmes, et il ne serait pas non plus étonnant d'avoir un monde cyclique. Et puis, comment sortir de ceci ? On ne peut pas changer l'homme totalement, et sa manière de pensée ; ce qui est pour lui instinctif vient de l'enfance et de l'éducation (sujet à venir).
Autre exemple (après j'arrête) : quand on vous dit en cours de français que les philosophes des Lumières se battaient pour des idées de tolérance et d'esprit critique, et que vous confrontez ça avec la Star Ac' et le racisme... S'ils revenaient d'entre les morts aujourd'hui, leur message serait-il totalement différent ?

Alors le monde humain serait lui aussi cyclique ? Dans ce cas, reviendrons-nous un jour à l'âge des ténèbres, ou au Moyen Age, à cause d'un soudain holocauste nucléaire ? L'italien Umberto Eco a écrit un essai en 1972 intitulé Le Nouveau Moyen Age ; l'auteur confronte le mode de fonctionnement du Moyen Age à la société moderne en établissant tout un tas de parallèles, et je dois dire que même 30 ans après ce texte est d'une remarquable justesse...
Ou bien devons-nous croire à la réincarnation ? Ou bien autre chose ?
Le hic est que l'univers n'est pas totalement cyclique : il a un début et une fin (et on voit d'ailleurs depuis l'espace-temps d'Einstein le monde conique (contrepèterie, j'ai honte), et pas en forme de boule ou de vase de Klein ou de Ruban de Möbius). La société humaine n'est pas totalement cyclique : la technologie avance, se perfectionne petit à petit ; les gens ne rencontrent pas forcément les mêmes gens, n'ont pas les mêmes réactions à cause du contexte changeant, et aussi peut-être à cause du mélange entre l'éducation de la mère et du père.
Alors que penser ? L'univers est-il cyclique, ou on nous a réveillé pour rien ?

Je peux tout au plus vous exposer ma conception de l'univers : la Terre est plate car elle est posée sur le dos d'une tortue, et cette tortue-monde est posée sur une autre tortue, et ainsi de suite (^^) (pour les puristes de South Park, cette conception se rapproche du « Et le Soleil est une tortue » du compositeur minimaliste new-yorkais Philip Glass... – les autres ne vous occupez pas de ça ^^).
Sérieusement, je pense que le monde est cyclique, mais posé sur un rail. Je m'explique :
Le rail serait la technologie, la société, les m½urs humaines. L'humain avance, petit à petit. On aurait donc le monde qui avance sur un rail, comme une caméra qui ferait un travelling. Et posé sur le socle qui voyage sur le rail, il y aurait les actions, faits, schémas de pensée et évènements qui se reproduisent périodiquement. (j'espère que je suis assez précis, sinon demandez-moi et je vous le mimerai ^^)
C'est tout ce que je peux faire, mais c'est à mon avis une question indécidable (les puristes n'auront qu'à vérifier avec le théorème de Gödel). Continuez quand même de réfléchir, le cerveau ne s'use que quand on ne s'en sert pas !







Petite parenthèse (hypothèse...) :
Je me permets de piquer un concept à une mienne amie (qui je ne sais pas si elle connaît ce blog et si elle le visite – y'a pas plus français comme phrase). En effet, quand j'écris ces articles, je me mets toujours un fond de musique, pour me détendre et me permettre de me concentrer pour réflexionner... Je vous mettrai donc à partir de maintenant la musique écoutée pendant cet article (ça vous permettra de vous mettre dans l'ambiance, peut-être, et sinon tant pis je fais ce que je veux... (non, l'humain n'est pas libre ! (ta gueule)))
Donc :
Musique écoutée : Album Songs of Faith and Devotion de Depeche Mode

# Posté le jeudi 02 mars 2006 15:37

Pourquoi l'homme se sent obligé d'établir un classement ?

A cette question, je répondrais oui, sans hésiter, et il n'y a pas à discuter. ^^
En cette période de Jeux Olympiques, voilà une question que tout le monde se pose, je pense. Non ? Bon, bah tant pis...

Pourquoi donc l'homme doit tout le temps faire un classement ? Pourquoi doit-il toujours comparer quelque chose à quelque chose d'autre ? Pourquoi utilise-t-on bien souvent (trop ?) comparatifs et superlatifs ?
A cette question, je fournirais trois éléments de réponse.

Tout d'abord, il me semble que c'est à cause de Whakabooda, notre ancêtre primitif à tous. C'était un australopithèque plein de bon sens. Et cet australopithèque, pendant ses premières chasses, s'aperçut que même quand il courait très très vite, il ne pouvait pas rattraper la hyène qui s'enfuyait (lâchement, il faut bien le dire). A partir de là, il pouvait se dire « je ne suis pas assez rapide pour poursuivre une hyène ». Mais comme notre Whakabooda n'était pas assez évolué pour connaître la dévalorisation de soi, qu'il appartenait à une tribu dont il était fier, que la vie était plutôt belle (pas de montre ni d'horaires, on rentre une fois le soleil couché, le pied, quoi...), qu'il était un mâle qui avait trouvé sa place, qui chassait, et faisait des gosses aux femelles pour perpétuer la race, tout allait pour le mieux ; aucune raison de changer quoi que ce soit, et il s'était sûrement dit : « la hyène court plus vite que moi », sans aucune autre conséquence que de se tourner vers un autre type de gibier (ce qui ne lui a pas si mal réussi, ma foi ; de plus, il a eu raison, parce que la chair de hyène est trop filandreuse à mon goût, et laisse des fibres entre les dents de devant).
A partir de là, le classement était inventé. Il ne restait plus qu'à inventer le vin rouge ^^.
Mais cette hérésie du classement s'est accrue ; en effet, si on ne devait comparer que les animaux à des hommes, la question n'aurait pas lieu d'être. Non, les hommes ont commencé à se comparer entre eux.
D'abord, je pense, dans un souci de meilleur rendement. Par exemple si vous mettez ceux qui ont les pieds tordus comme rabatteurs dans la chasse au mammouth et ceux qui ont deux mains gauches en haut de la falaise avec les arcs, les mammouths prolifèrent et les hommes deviennent végétariens (ou ils mangent des gerbilles, berk). Par contre, si vous mettez les gens qui courent le plus vite en rabatteurs pour attirer, tels des primitifs toreros, le malheureux mammifère défensu (on dit bien cornu) dans le cul-de-sac où vos copains les meilleurs tireurs à l'arc attendent le mastodonte, vous aurez certainement à manger. C'est donc à mon avis pour une question de survie que l'homme a exploité les talents de chacun, et a donc établi un classement.
Ensuite, les comparaisons peuvent avoir vu le jour grâce (à cause ?) de la séduction des femmes. En effet, passé ce premier cap d'évolution où c'est celui qui se sera fait casser le moins de dents que l'autre prétendant qui emportera la belle, il a bien fallu passer par la parole. Et là aussi, peut-être que les hommes ont mis en valeur tel ou tel talent, en disant qu'il était meilleur que l'autre.

Mais ces comparaisons sont à mon avis bénignes. Si on s'en tenait là, où serait le problème ? Je pense qu'une des idées que sous-tend un passage par une autre notion : le culte du meilleur. C'est je pense là où réside le problème, la charnière.
Bon d'accord, allez-vous me dire : on ne va pas vénérer des gens cons, ou pas athlétiques. Mais à cette question je répondrais : pourquoi vénérer certains de ses congénères ??
La réponse est en fait fort simple (à mon humble avis) : l'homme vénère certains de ses congénères car il ne peut faire autrement. Il a été prouvé scientifiquement qu'il résidait dans notre cerveau une molécule, une configuration, qui est inaliénable et qui nous pousse à croire en quelque chose. Ca a été prouvé : l'homme est en quelque sorte né pour croire en quelque chose.
De plus, l'homme est par nature complexé et peu sûr de lui. Il est incapable de prendre des décisions tout seul, il faut toujours qu'il consulte les autres, qu'il choisisse un modèle. Par peur de ne pas être accepté par ses congénères, que sais-je. L'homme est incapable de prendre ses responsabilités, il évite de les prendre, de prendre des décisions importantes. C'est pour cela qu'il a inventé le régime politique : on propulse un illustre inconnu au rang de roi, et maintenant c'est à lui de décider, c'est plus notre problème, on a autre chose à faire, qu'il se démerde tout seul. Et c'est aussi plus pratique que de prendre des décisions tous ensemble : si pour une raison ou pour une autre tout le monde s'est trompé (par exemple a suivi la tradition et n'a pas fait preuve d'esprit d'examen, merci Bayle et Fontenelle), il est plus facile d'en rejeter la faute sur quelqu'un et de le taper que de reconnaître une erreur collective : c'est le mécanisme du souffre-douleur, on tape sur un bouc émissaire sans raison ; ça défoule et ça resserre les liens entre les gens, d'avoir un ennemi commun (voir Bismarck, qui nous a désignés comme ennemi, et a resserré les liens entre prussiens et allemands et toute la clique, pour fonder une Allemagne unifiée) ; présent chez les hommes, mais aussi chez les rats ; pour plus d'explications, voir le procès d'Outreau actuellement, et ce pauvre juge Burgaud (pobrecito !).
Ce culte du meilleur n'est en fait donc que quelque chose qui est fait pour rassurer l'homme ; car si celui-ci ne sait pas prendre de décisions, il suffit de lui fournir des exemples pour qu'il sache quoi faire (ce qui peut être une formidable technique d'embrigadement, et ce qui est aussi à l'origine de tous les mythes).

Ce qui nous amène au deuxième élément de réponse : l'homme ne sait pas prendre de décisions. L'homme ne sait pas comment réagir à un cas auquel il n'a pas été confronté. Et pour la simple et bonne raison que nous disposons d'un cerveau incapable de nouveauté.
Avant d'aller plus loin, permettez-moi d'énoncer la formidable remarque et le formidable principe de Clément Royer (je ne l'ai pas oublié, mais peut-être que toi si... en tout cas il m'a marqué) : quel que soit le livre de SF que l'on ouvre, on ne trouvera jamais rien de nouveau. Un extraterrestre ne sera jamais complètement inventé, il y aura toujours quelque chose d'exotique chez lui, mais ce sera quelque chose de terrien : un fantasme humain, une partie d'objet ou d'animal (pensez aux tentacules du supposé martien...). Formidable, non ?
En effet donc, on ne sera jamais capable d'inventer quelque chose de totalement nouveau. L'esprit humain est donc constitué de telle sorte que l'on ne pourra pas inventer quelque chose de totalement exotique, nouveau : il y aura toujours quelque chose d'humain, car nous raisonnons avec notre cerveau, notre mode de pensée, et malheureusement je crois qu'il est impossible d'en sortir... Je prends un exemple tout simple : quand vous voyez quelque chose de nouveau, d'inédit, vous qualifiez cette chose de "bizarre", "illogique" (= qui dépasse la logique humaine, qui est indéfinissable par celle-ci), "pas normal" (preuve que l'on raisonne par rapport à ce qui est "normal", connu)...
Mais quel est le rapport entre la choucroute, le rapport avec la question de l'heure ; en quoi les extraterrestres tentaculaires ont-ils un rapport avec le classement ? La raison est simple : si l'homme ne peut pas inventer, il se réfère forcément donc à quelque chose qu'il connaît, à un sentiment ou une pensée connue. Et comme tout n'est pas pareil, l'homme émet un jugement de valeur pour situer un sentiment par rapport à d'autres, une chose par rapport à une autre. C'est comme si l'esprit raisonnait de telle sorte qu'il résolve toujours l'équation suivante : Sentiment actuel/Fait actuel = k * Sentiment « modèle »/Souvenir puissant, où k est un nombre qui peut varier.
Ainsi, l'homme est obligé de situer quelque chose par rapport à une chose déjà ressentie, afin de la définir selon les critères de pensée humaine, ce qui entraîne le classement.

La troisième partie de la réponse tient au fonctionnement du cerveau. Pourquoi oublions-nous, à votre avis ? La capacité estimée du cerveau humain est de 10^15 bits (votre ordinateur a une mémoire de poisson rouge, à côté – 10^9 pour la plupart, ce qui signifie que nous avons la même mémoire que 1 million d'ordinateurs !) et de plus on pense que la mémoire humaine double sa capacité tous les 10 ans. Si les hommes ont une capacité de mémorisation si phénoménale, alors pourquoi oublier ?
Nous oublions en fait pour faire de la place, pour vider la mémoire vive, pour que le cerveau ne soit pas trop encombré, qu'il n'y ait pas trop de choses à penser, que notre attention puisse se focaliser sur quelque chose - un ordinateur plein est toujours moins puissant qu'un vide. Mais le problème qui se pose est : quelles données effacer ? Qu'est-ce que l'on doit oublier ?
A ce moment-là, le cerveau fait un classement. Il classe ses souvenirs et informations selon leur importance, l'importance qu'il leur attache, la probabilité de servir, les ramifications reliées à ce souvenirs. Et détruit les autres. D'ailleurs, c'est ce que Freud faisait remarquer dans sa définition des « actes manqués » : on oublie quelque chose parce qu'inconsciemment on n'y attache pas grande importance, ou on ne l'aime tout simplement pas (je vous invite à lire Introduction à la psychanalyse, il donne de très bons exemples d'actes manqués dans ce livre).
Le classement est donc aussi une fonction naturelle du fonctionnement du cerveau.


Au final, et à la lumière de ce brillant exposé, on voit bien que l'homme est quasiment contraint à faire un classement, à ranger des choses par ordre d'importance, pour des raisons naturelles de fonctionnement, et pour des raisons primitives de pensée humaine.




merci beaucoup à mani pour m'avoir donné l'idée de ce sujet...

# Posté le jeudi 23 février 2006 16:06

Modifié le jeudi 23 février 2006 16:23

Un monde sans violence serait-il un monde meilleur ?

Un monde sans violence serait-il un monde meilleur ?
Si je pose cette question, c'est que la réponse n'est peut-être pas évidente ; si les réponses à toutes les questions de ce blog étaient évidentes, les articles ne seraient pas aussi longs, pour la plus grande joie des petits et des grands (mais dans ce cas, à quoi je servirai, moi ?)
Pour moi, un monde sans violence ne serait pas forcément un monde meilleur. J'irais même jusqu'à penser que ce serait le contraire.

Fermez les yeux et imaginez... (c'est une image) Imaginez un monde où tout le monde serait gentil, tout le monde serait pacifiste, non-violent, doué d'une profonde empathie, de pardon, d'humilité, de respect et d'harmonie avec son environnement... Ce serait le paradis, non ? Ce serait en tout cas un monde sans violence. Et tout le monde serait gentil et des arcs-en-ciel fleuriraient aux pieds des pommiers en fleurs...
Ce monde d'elfes (^^) a l'air parfait comme ça, mais imaginez un peu que vous soyez un habitant de ce monde parfait (avec un oiseau, un enfant, une chèvre, le bleu du ciel, un beau sourire du bout des lèvres...). Mettons qu'il vous arrive une tuile à cause d'un autre ; quelque chose comme retrouver sa voiture rayée au parking ; ou, si vous êtes déjà patrons, un rachat de société raté à cause d'une autre firme concurrente qui a acheté avant vous (très sophistiqué tout ça...)... En temps normal, ça vous f*** (censure anti-insanités - très sophistiqué tout ça...) en colère, et selon votre tempérament, vous pourriez crier, hurler, gesticuler, taper du poing contre votre voiture ou votre bureau, serrer les dents, en vouloir à celui qui vous a fait ça, voire même plusieurs trucs en même temps, ou même, cas extrême, devenir tout rouge, sauter sur place, donner des coups de poing dans le vide et hurler en caquetant - cela si vous êtes Donald exclusivement. Dans ce monde parfait, non. Vous ne pourriez pas, vous ne le feriez pas, car ce n'est pas comme ça que l'on agit dans cette société. Vous laisseriez filer, vous prendrez tout ça avec philosophie, pardonneriez à votre « agresseur » et passeriez à autre chose.
Le résultat est prévisible : une forte augmentation d'ulcères, et ce non plus chez les gens stressés par leur travail, mais dans toute la population. Des incidents mineurs, comme les rayages de voitures, avec aucune mauvaise conscience de la part de l'agresseur puisqu'il sait que son crime sera pardonné. Aucune police, ni de militaires, si bien que la société se retrouvera impuissante face à des fauteurs de troubles. Pas de religions non plus, puisque pour qu'il y ait un bon dieu, il faut qu'il aie son pendant mauvais ; pour que le bien existe, il faut qu'il y ait le mal ; de plus, comment adhérer à une religion en sachant que sept guerres sur dix ont été provoquées par la religion par le passé ?
Dans son livre Eloge de la fuite le biologiste Henri Laborit explique que l'homme, quand il est confronté à une épreuve, a trois choix possibles d'action : combattre (impossible dans notre monde), ne rien faire (c'est ce qu’il appelle l' « inhibition de l'action » ; mais il explique que le coup de poing que l'on voulait porter à notre adversaire nous l'est infligé, avec pour conséquences des maladies psychosomatiques comme les ulcères, mais aussi des psoriasis et des névralgies) ou la fuite, classée en plusieurs catégories : fuite chimique (drogues et alcool), géographique (on déménage) ou artistique (on canalise sa haine en réalisant un tableau, une musique, un roman, un film, une sculpture, pour un effet de catharsis). Mais si l'on y regarde de plus près, cette fuite artistique est vouée à l'échec dans 80% des cas ; en effet, pour faire de l'art, encore faut-il savoir s'y prendre, avoir du talent, s'y connaître un minimum (quoique...) ; de plus, cela prend du temps ; et enfin, l'art est fait pour être montré : et si l'on fait un film ou un livre violent, ça ne sera pas accepté... Cette dernière proposition impliquerait que cette société devrait aussi être totalitaire, et donc imposer par la force le pacifisme - ce qui est totalement contradictoire...
Vous le voyez bien, un monde sans violence serait un monde de stressés, de nerveux, de drogués, d'artistes violents, de nomades, d'alcooliques, de végétariens (tuer des êtres vivants, c'est de la violence), de pleutres (de la violence émerge la mort, et donc la peur car tout humain est attaché à sa vie) incapables de se défendre si une horde de barbares ou d'extraterrestres attaque (ils prôneraient le dialogue sur les barricades avant de se faire déchiqueter), le tout dirigé par un système totalitaire qui impose le pacifisme pour garantir le bonheur du peuple en lui évitant les malheurs de la violence : vengeance, viol, mort, destruction... (et vie !)

Fort heureusement, un monde sans violence est totalement utopique, et totalement irréalisable. Pourquoi ? A cause de mon article précédent : en chaque homme il y a une bête qui sommeille.
Et cette bête humaine qui croupit dans les bas-fonds de notre âme est violente, car la violence appartient au monde animal, et ce depuis la nuit des temps. Un monde ne peut donc pas être totalement sans violence...
Par contre, si l'homme ne peut pas effacer toute trace de violence dans son être, il peut en revanche essayer de la contrôler, de la canaliser, de s’en débarrasser pour passer à autre chose. Et c'est plutôt cette solution qui est préférable, dans la société utopique ci-dessus, mais aussi dans notre société moderne. Tous les moyens sont bons pour cela : boxe et autres arts martiaux (mais au sens noble du terme, au sens d'art martial, de combat esthétique et défoulant, non pas au sens violent et destructeur du terme ; ainsi, il ne devrait pas y avoir d'agresseur, mais uniquement des punching-balls...), « salles de frénésie » (une invention de mon cru... on enferme les gens dans une pièce, et ils ont le droit de tout casser pour se défouler ; en plus, c'est très viable économiquement, car cela fait de la consommation, et qui dit consommation dit emploi, et donc il y a moins de chômage, et donc les gens ont plus de sous à dépenser, donc...), gueuloirs (variante de l'invention de Flaubert, une pièce insonorisée dans laquelle on aurait le droit d'hurler à s'en faire exploser les cordes vocales), cours de batterie (« la batterie est faite pour tout exploser et emmerder les voisins ! » - V. C., professeur de français ^^), yoga, etc. etc. Tout serait bon pour passer sa colère sur des objets inanimés, et se sentir en paix avec soi même...

Bon… Synthèse : de cet article il ressort que supprimer totalement la violence est impossible ; cependant, si tout le monde arrivait à canaliser sa violence sur des objets inanimés, le monde serait peut-être plus paisible, et les gens plus relaxés et en harmonie avec eux-mêmes et avec les autres...
Peace, mes frères ! (et mes soeurs aussi)

# Posté le jeudi 16 février 2006 06:53

Modifié le samedi 26 mai 2007 06:32

Peut-on changer la nature humaine ?

Ca dépend...S'il y a du vent...S'il pleut...
Question difficile à cerner, en vérité : peut-on changer la nature humaine intentionnellement ? Par changer la nature humaine, est-ce progressivement, ou d'un coup ? Est-ce que l'évolution est comptée dedans ?
En fait, j'entends par « changer la nature humaine » changer les comportements humains, les éloigner du primitif, de l'animal (du trois, diraient les werbérophiles) pour aller vers le spirituel, l'homme accompli, tolérant, etc. : bref le différent de l'animal.

Peut-on réellement changer la nature humaine ? Ma première réponse, comme ça, à chaud, serait non : comme le dit le proverbe, « dans chaque homme il y a un porc qui sommeille ». Chaque être humain est comme il est, mais il a à mon avis deux personnalités différentes : une « humaine », qui lit tous les jours son journal, et une autre « animale », qui le pousse à forniquer compulsivement sur une créature du sexe opposé. C'est là à mon avis le sens de la métaphore du Docteur Jekyll et de Mister Hyde : d'un côté, le docteur Jekyll, bon et respecté de tous, et de l'autre sa part d'ombre, Mister Hyde, mauvais et bestial (et respecté de tous également). Et regardez aussi ce qui arrive à ce pauvre Jacques Lantier, dans « La bête humaine » (de Zola, et pas de Montaigne ou de Rimbaud, espèces de puits d'ignorance !) : l'oxymore du titre évoque bien le thème du livre, l'affrontement entre la bête et l'homme.
Pour étayer ma thèse, je cite en exemple les modifications physiologiques évoquées dans l'article précédent (à moins que ce ne soit l'avant-dernier... bon celui avec les hommes et les femmes !) : ces modifications ont toujours cours à l'heure actuelle, bien que leurs origines remontent à la nuit des temps. De plus, regardez le nombre de guerres qui éclatent à l'heure actuelle, le nombre de meurtres, de viols, et de chasse au mammouth : il y a encore des hommes (et des femmes, eh oui, madame) qui agissent comme des bêtes, avec pour valeurs la défense de leur territoire et la survie du plus apte (« manger avant d'être mangé », comme disait Landru...). Et si vous croyez que « Sin City » est juste un film, détrompez-vous : d'accord ça n'est pas une sculpture, mais les faits qui sont présentés ne sont pas totalement irréels ; à mon avis ils peuvent se produire en tous temps, ou peut-être se sont déjà produits.
Si vous y réfléchissez bien, la part de bête qui sommeille en vous n'est pas totalement ensommeillée : c'est pour cela que la télé-réalité marche si bien. Regardez tous les concepts : ils marchent tous pareils, sont tous calqués sur la loi de la jungle : la survie du plus apte, et l'élimination du plus faible. Toutes les émissions éliminent leurs candidats uns par uns, et c'est vous, salopards capitalistes occidentaux, qui avez le pouvoir de dominer ces gens en les éliminant ! Et dans une télé-réalité qui va de plus en plus loin (dans le désordre filmer un accouchement, s'incruster dans une famille pour leur dire comment élever leurs enfants, faire vivre des gens sur une île remplie de bimbos afin de guetter le moment jouissif où ils tromperont leurs femmes (cruel, n'est-ce pas ?), etc., etc.) dans le seul but de réveiller la bête qui est en vous, de la faire jouir devant un spectacle qui dégrade les autres, où elle peut se moquer de ses congénères, sélectionner ceux qui restent sur des critères falsifiés par les images sélectionnées par la chaîne... voilà, j'ai perdu le fil... ah oui... Devant ce spectacle, on se dit que les prédictions qu'ont faites les auteurs d' « Acide Sulfurique », « Running Man », « Marche ou Crève » (excellents livres), du jeu vidéo « Manhunt » ou des films « The Truman Show » ou « Le Prix du Danger » ne sont peut-être pas des utopies...
A mon avis, je pense que l'être humain gardera toujours sa part « primitive », bestiale, au fond de lui, et qu'elle s'exprimera plus ou moins suivant sa personnalité et s'il arrive à la contrôler. Et on ne peut pas changer fondamentalement l'homme, l'écarter de l'animal définitivement, dans le sens où cette « part des ténèbres » restera toujours au fond de l'homme.

Mais à cette thèse on peut opposer une antithèse toute aussi efficace : oui, on peut changer l'homme, exemples à l'appui.
A votre avis, l'homme est-il fait pour signer des traités à Maastricht, pour donner son goûter à son prochain, pour comprendre du Rousseau, pour faire des blogs pseudo-philosophiques (^^) ? Non, bien sûr que non : l'homme est fait pour combattre, une hache à la main, sa femelle dans l'autre, pour semer la terreur, piller, violer, terroriser et boire de la bière infâme !
On peut changer l'homme, ou au moins il s'est déjà changé lui-même : ce qui nous différencie de l'homme primitif (à part la taille du micro-ondes), c'est que nous ne nous entretuons pas toujours pour un différend. Des techniques plus subtiles, comme le chantage, la calomnie ou le mépris, ont été inventées : au lieu de se précipiter sur une personne pour lui exploser le crâne à coups de gourdin comme l'aurait fait toute peau de bête qui se respecte, on attaque l'homme dans l'ombre, et dans son dos. La fourberie est une preuve que l'homme a changé, puisqu'il a délaissé l'élimination d'un être qu'il n'aime pas au profit d'un travail de fond, plus long et périlleux...
Le fait est qu'il y a une part de bête en nous ; mais il y a aussi une part d'homme ! Une part d'homme, gouvernée par la raison, qui invente, critique, met en cause, débat, ment, etc. ! Le fait qu'il y ait une part d'homme qui aie un jour où l'autre pris le dessus sur la bête montre que l'homme a changé depuis sa « création ».
De plus, il est possible de changer un peuple, en lui inculquant une culture différente dans son éducation. L'homme n'est pas fait pour faire des courbettes et dire « s'il vous plaît » à la dame ; pourtant, il le fait, et c'est parce que l'homme a inventé la politesse. Mais on peut aussi changer l'homme pour le pire : un dictateur peut changer les moeurs du peuple sous ses ordres, et assez durablement malheureusement...
On peut compter l'évolution comme une façon de changer la nature humaine : mais dans ce cas ce serait comme orienter des rails pour conduire le train où on veut. Si on cherche à s'élever, si on produit des œuvres qui ouvrent les yeux des humains, eh bien petit à petit l'homme s'élèvera. A l'inverse, si l'on détruit la culture et les intellectuels pour faire un monde du type « 1984 », l'homme sera dans une spirale descendante. Ainsi, l'évolution serait la façon la plus naturelle d'évoluer pour l'homme.
On peut donc changer l'homme, et asseoir encore plus la supériorité de l'homme sur la bête, ou à l'inverse détruire l'homme... Mais dans les deux cas l'homme est changé...

La conclusion à tout cela ? Non, mais oui, donc finalement peut-être...
Je vais prendre une aspirine...

# Posté le mardi 07 février 2006 07:28

Modifié le vendredi 10 février 2006 07:40