Joyeux anniversaiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiire philo-et-nutella !

Joyeux anniversaiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiire philo-et-nutella !
Bon, ça ne se voit pas sur la photo (oui, c'est moi sur la photo, ceux qui ont l'immense chance de me connaître (tu parles) confirmeront ^^), mais je suis content !

Eh oui... On dirait pas, comme ça, mais ça fait un an que philo-et-nutella existe... C'est fou comme le temps passe !!
Un an pour écrire 21 articles, ce qui fait environ un article toutes les trois semaines (ce qui est une très bonne moyenne vu la longueur de ces articles pour le moins kilométriques).
Je me souhaite au nom de moi-même et de toute l'équipe de ce blog (c'est à dire moi-même et moi-même, sans oublier moi-même) un très bon anniversaire, et tous mes voeux de continuation !

Et je vais me permettre un petit écart de conduite en cette occasion (on va dire que j'ai abusé du champagne) : moi qui d'habitude suis plus prompt à la réflexion et à la raison, je vais laisser parler mes sentiments.
Merci à tous les lecteurs de ce blog, merci à ceux qui laissent des commentaires et qui débattent de façon plus ou moins constructive (^^), merci à ceux qui ne laissent pas de commentaires aussi... Mais aussi merci à tous ceux qui aiment ce blog et qui en font la publicité dans leurs blogs à eux... J'ai eu l'occasion d'en lire quelques-uns (certains valent le détour) ; et en plus on me fait de la pub gratuite, élogieuse et sans que je n'aie rien demandé à personne !! Et ça ça me fait vraiment plaisir !!
J'en profite pour dire que le hasard fait bien les choses, parce que vendredi 23 juin ce blog a officiellement passé le cap des 1000 visites, grâce à vous ! (évidemment ; c'est pas moi qui ait fait 1000 visites sur mon blog... quand même...) Et je considère que c'est un bon score compte tenu des efforts gigantesques de publicité que j'ai fait pour promouvoir ce blog (^^)... Et qu'est-ce que ça peut signifier d'autre que ce blog est un blog de qualité (ce qui atteste sans aucun doute que son créateur est un vrai génie ^^), avec des aficionados, des débats, de l'impatience, bref de la vie !!

A part cela, ben, pas grand-chose à dire... Sinon que l'an prochain je rentre en Terminale (= cours de philo, = nouvelles idées et concepts, = plus de citations et d'érudition si c'est Dieu possible) et qu'un article est sur le feu... Mais je n'ai pas eu le temps de l'écrire, donc ce sera le premier de la saison 2 de philo-et-nutella !!

Normalement, pour un anniversaire, la coutume est d'offrir un cadeau à la personne qui fête son anniversaire... Mais vous me connaissez, moi et la coutume... Donc la règle est changée : c'est philo-et-nutella qui vous fait un cadeau ! Le cadeau, le voici : l'intégrale de ce blog en format pdf ! A quoi ça sert ? Ben, à le garder chez vous, même hors connexion, à l'imprimer, à le faire passer à des amis pour faire connaître les textes... Ce que vous voulez, que diable !

Le lien : http://philo-et-nutella.site.voila.fr/Philo_et_nutella.pdf

Voilà voilà !

# Posté le samedi 24 juin 2006 18:00

Modifié le lundi 28 mai 2007 15:26

La solitude est-elle la plus grande peur de l'homme ?

La solitude est-elle la plus grande peur de l'homme ?
Probablement. Voire même très probablement. Mais le problème est (pour moi, bien sûr) que ceci ne peut pas être démontré : comment montrer de façon logique que la solitude est la plus grande (ou une des plus grandes, ça me paraît déjà assez) peur de l'homme ? Je pense qu'on ne le peut ; ainsi je me « contenterais » dans cet article d'énumérer diverses choses, notions, concepts, réalités de l'être humain, et de montrer comment tout ce gloubiboulga joyeux se raccroche à la peur de la solitude.

Mais si comme tout bon philosophe qui se respecte vous décidez de considérer d'un ½il nouveau, sans préjugés, d'un regard plein de candeur et de naïveté la question que je vous soumets (ou bien faites semblant, comme vous voudrez ; le but est uniquement de réfléchir), vous pourrez peut-être vous demander : « On parle de peur de la solitude, mais existe-t-elle vraiment ? L'homme a-t-il vraiment peur d'être seul ? La solitude n'est-elle pas en effet la condition nécessaire à la liberté absolue de l'homme ; et de ce fait n'est-elle pas une chose enviable ? La peur de la solitude n'est peut-être qu'une peur appartenant au domaine de l'enfance ; mais l'homme adulte, supposé frais et bien formé, a-t-il peur de la solitude ? Sartre ne nous a-t-il pas dit dans sa sagesse infinie que « l'enfer, c'est les autres » ? Assurons-nous du fait avant de disserter dessus, disait Fontenelle ! ».
Devant ce flot de questions, je ne peux vous répondre qu'une chose : « Hop hop hop ! Arrête ton char, joli motard ! » (ah ha voilà une expression que vous ne connaissiez pas, hein ?) Et permettez-moi de soumettre à vos consciences en ébullition une petite anecdote – qui, si vous voulez une anecdote, fut apportée à ma connaissance par un contrôle d'espagnol sur l'article relatant cette anecdote (et c'est avec effroi que je viens de m'apercevoir que je viens de placer le mot « anecdote » trois fois en une seule ligne...^^)
Notre histoire concerne un homme, qui a pris une année sabbatique pour aller passer un an loin de sa famille, de ses proches, de toute civilisation ; en fait, il voulait tester la résistance de l'homme face à la solitude, et pensait pouvoir établir un record du monde en s'enfermant seul dans un trou à 200 mètres de profondeur avec des vivres pour 200 jours. Ce record est assez con, avouons-le, aussi je vous demanderais de ne pas tenter de le reproduire à la maison ! Mais bon, notre homme pensait naïvement tenir 200 jours absolument seul (une équipe médicale le suivait à distance quand même), coupé du monde et de la civilisation. Bilan des courses : au bout de 68 jours, l'équipe médicale nota une véritable « tendance à la tristesse et à l'anxiété qui pouvait conduire à une dépréciation de soi », et l'ôtèrent promptement de son trou. En clair, s'ils avaient tardé un peu plus, l'homme se serait vraisemblablement suicidé d'un coup de pierre entre les deux yeux.
Tout ça pour dire que ? Que l'homme ne peut pas vivre seul, et qu'il faut nécessairement qu'il y ait des congénères autour de lui. Un autre exemple que je pourrais vous donner est celui de Frédéric II, un roi du XIIIème de je ne sais quelle contrée qui eut l'idée saugrenue suivante : prendre six bébés, les mettre dans une pouponnière, les nourrir, les changer, les laver... mais surtout ne jamais leur parler ! Frédéric II voulait ainsi voir quelle serait la langue que parlerait les bébés, le grec, le latin... Le résultat ne fut pas celui qui était attendu : les six bébés dépérirent et moururent ! Conclusion : la communication avec d'autres êtres humains est vitale.

Donc l'homme ne peut vivre seul. Mais de cette peur de vivre seul, ne pouvons-nous pas tirer diverses applications ? Certains comportements humains n'auraient-ils pas pour cause cette peur ? Je vais m'attacher à décrire quelques mécanismes importants (il en existe certainement d'autres, mais cherchez-les vous mêmes ! il n'y a pas de raison que je me tape tout le boulot, et puis quoi encore ? Alors si c'est la foire aux chapeaux, hein...) de l'homme.
Je l'ai déjà dit dans un précédent article, tous les comportements humains, plus ou moins consciemment, seraient gouvernés par le sexe, le désir, la libido. J'avais dans cet article conclu que ces comportements sont basés sur le sexe car le sexe est tabou, refoulé ; de plus avoir un ou une partenaire sexuel est glorifiant et permet d'obtenir à moindre frais un plaisir non négligeable (bizarre comme cette phrase est objective et consternante... ^^). J'avancerais maintenant une autre thèse, qui me paraît toute aussi probante, voire plus que la précédente (je fais comme fit Michel Eyquem, dit de Montaigne, en son temps : je fais ici l'essai de ma pensée changeante, et elle est fort heureusement en constante évolution) : les humains ne recherchent pas le sexe pour la galipette, mais par peur de la solitude – quand je parle de sexe ici, ça n'est pas uniquement l'acte physique, mais l'ensemble des comportements sexuels que sont la séduction, les transports amoureux, la pavane des beaux mâles chaussés de Nike, le mariage, etc. Lisez à cet égard les paroles de la (superbe) chanson de Dalida « Pour ne pas vivre seul », et vous verrez... Le sexe est donc un moyen de s'assurer de la présence d'un être humain qui vous comprend, vous écoute, bref communique avec vous.
J'avais évoqué dans le même article que les comportements tels que l'angoisse d'abandon, la recherche de la célébrité, la flatterie et le culte du corps ; il est certes évident pour la dernière notion qu'elle se rattache au sexe, mais les trois autres peuvent ne pas se rattacher forcément au sexe : elles peuvent être liées à la peur de la solitude, et à la nécessité d'être accepté dans un groupe, donc ne pas vivre seul.
Ce qui me fournit une mini-transition pour aborder la notion de conformisme. Le conformisme, c'est faire comme les autres, être dans la norme, se conformer à la normalité. Pourquoi ce conformisme existe-t-il ? Vous l'avez deviné (bravo, car ça n'était pas facile...), ce conformisme est lié à cette peur de la solitude. En effet, quand vous faites comme les autres, que vous ne sortez pas de la norme définie par la majorité, il est implicite que vous êtes accepté dans le groupe (de nombreuses expériences et observations ont montré qu'agir comme une autre personne force les liens de sympathie ; si une personne est comme vous, vous l'accepterez et la comprendrez plus facilement ; voir l'exemple des Inuits). Donc à l'origine du conformisme, et donc de la norme, des bonnes m½urs, de la tradition (parfois suivies en dépit du bon sens) et de la mode – bref, du panurgisme dans toutes ses formes –, il y a cette envie d'être accepté dans le groupe par peur de la solitude. En schématisant : une femme qui achète une mini-jupe parce que c'est la mode (ou un homme qui achète un maillot de football parce que c'est la Coupe du Monde...) dit en fait : « Hé, ho, mes congénères, mes s½urs, mes frères, regardez-moi, j'ai une mini-jupe, comme vous, vous voyez, je suis comme vous, je m'habille pareil que vous, ça veut dire que je suis pareille que vous, alors on est de la même tribu, hein, et alors vous m'acceptez dans votre groupe, hein, allez, s'il vous plaît, ne me laissez pas toute seule, j'ai peur toute seule, au secouuuuuuuuuuuuuuuuuuuurs ! ». C'est un schéma.

Mais pour conclure cet article, l'on peut se demander pourquoi l'homme a-t-il peur de la solitude ? Plusieurs raisons à cela.
D'abord, l'homme qui se retrouve seul s'ennuie. Et ça, c'est difficile à supporter : le cerveau a besoin de nouveau. Ensuite, parce que l'homme tout seul et qui s'ennuie va se divertir tout seul (et c'est moins amusant, car l'intérêt du jeu naît de l'émulation entre les différents participants – je vous laisse réfléchir à ça...), et va poser des questions, ruminer, chercher à se divertir intellectuellement en se posant des questions sur lui-même, en s'analysant tel Platon et sa maïeutique... Et comme l'âme humaine n'est pas toute blanche... De plus à force de ruminer les mêmes choses, l'homme finira par s'ennuyer et/ou devenir fou ! De plus, en l'absence de nouveauté et de communication l'homme dépérit – on l'a dit tout à l'heure, écoutez, un peu !
Pour finir, on pourra se demander pourquoi je dis que la solitude est la plus grande peur de l'homme, alors que l'on pourrait affirmer en étant certainement plus dans le vrai que la peur de l'homme, c'est la peur de la mort. En effet, la peur de la mort semble plus importante ; mais l'on peut établir un parallèle entre ces deux peurs.
Dans les temps anciens, si vous étiez seuls, séparé du groupe pour aller faire une pause pipi, si vous étiez perdus, vous aviez toutes les chances de servir de repas à des animaux carnivores... Alors que « l'union fait la force » : si vous êtes en groupe, chacun protège la tribu, et ensemble l'on peut vaincre de l'ennemi. Donc la solitude signifie « je ne peux compter sur aucune aide pour me sortir d'un mauvais pas », et donc peut signifier la mort. De plus, les bébés de huit mois connaissent une phase appelée « deuil de la mère » (il me semble que c'est sous ce nom que la notion est connue) : ils se rendent compte que leur mère, qui les aime et les protège, doit s'en aller, n'est pas là uniquement pour Bébé ; le bébé a peur, peur du danger, peur d'être sans aide, peur que la mère ne revienne pas : c'est à cette époque de sa vie que Bébé pleure quand sa mère s'en va.
L'on pourrait aussi dire : mais n'est-ce pas le contraire ? N'avons-nous pas peur de la mort, parce que la mort, c'est la fin de la vie (réflexion qui atteint des sommets en terme d'aphorisme philosophique), donc fin de la vie sur Terre, et cela signifie que l'on doit quitter tous les humains, et plus particulièrement ceux que l'on connaît, pour aller s'engouffrer vers l'infini du post-mortem ? N'est-ce pas la raison pour laquelle le christianisme a créé un paradis, une « vie éternelle » pour celui qui se conduit bien, paradis où il évolue parmi les autres humains qui l'ont mérité ? C'est sûr, un paradis sans aucun humain ne serait pas le paradis – même si « l'enfer, c'est les autres »... (les autres humains sont ainsi un mal nécessaire... hélas !)
Sur cette dernière réflexion, je m'abstiendrai de toute prise de position, pour la bonne et simple raison que je ne sais pas si nous avons peur de la mort parce que nous ne voulons pas être seuls ou si nous ne voulons pas être seuls pour pouvoir retarder la mort... A vous de voir ; en tout cas, il est clair que ces deux peurs sont véritablement reliées entre elles, ce qui ferait je pense de ce « couple » mort/solitude la plus grande peur humaine.





Albums écoutés : Sauver l'amour et Vendeurs de larmes de Daniel Balavoine

# Posté le jeudi 15 juin 2006 05:34

L'homme est-il bon de nature ?

La question peut paraître bizarre, je sais. Vous vous demandez sûrement : qu'est-ce qui lui prend ? Basculerait-il dans l'hippisme forcené ? (pas les chevaux, les pacifistes... abrutis ! triphiles ! (vient de tri : trois, le tiercé ; et phile : qui aime)) Serais-je devenu optimiste de nature ? Ne vois-je pas le mal qu'il y a autour de nous ? Me serais-je converti au christianisme en disant que tout le monde est gentil ? Ma philosophie serait-elle subitement habitée et détournée, pour passer de l'esprit d'examen le plus pur au fanatisme religieux le plus dur ?
Du calme. Qu'est-ce qui vous prend de réagir comme ça ? M'enfin, vous avez des réactions...
Mais bon, j'avoue que ça peut dérouter... Donc je m'en vais expliciter la question, et par là même exposer au vu et au su de tous ma pensée subversive (si ! si !)

Votre objection la plus forte (les autres ne sont que des broutilles) face à cette question est la suivante : si je dis que l'homme est bon, alors il faut que j'explique ou justifie le fait qu'il y ait des massacres partout dans le monde, que les hommes (et les femmes) se font du mal perpétuellement, et qu'ainsi la nature de l'homme est toujours à faire le mal. Eh bien, il est vrai que cela peut être difficile à expliquer, mais je vous répondrais par une autre question : les êtres qui font du mal aux autres sciemment sont-ils des hommes ?
En gros, par cette question, j'exige de vous que vous vous posiez la question sur la définition d'un homme. Qu'est-ce que l'homme ? Une créature, vaguement bipède, qui possède deux mains avec des pouces opposables, des poils sur différentes parties de son corps, qui peut communiquer avec ses semblables de diverses façons, doté d'une vue tridimensionnelle... L'on pourrait reprendre la définition de Rousseau (deux articles plus avant) avec la notion de perfectibilité, mais nous allons raisonner autrement.
L'être humain est le seul être vivant capable d'éprouver des émotions. Que sont les émotions ? Un état psychologique passager qui pousse l'être à changer son comportement suivant ces émotions. Ainsi, l'être humain peut ressentir de l'amour, du bonheur, de la tristesse... Mais nous allons considérer plus particulièrement le cas de l'empathie. L'empathie est de la compassion et de la solidarité. C'est à dire qu'un humain qui voit un de ses semblables en difficulté éprouve de l'empathie, de la compassion (venant du latin cum patior, souffrir avec... ; en grec la même expression se dit soun pathein, qui a donné sympathie...), se met dans un état d'esprit de douleur ou de tristesse, « souffre avec lui », et aide si c'est possible son congénère, même s'il ne le connaît pas. J'attire votre attention sur le fait que l'homme soit le seul à éprouver un tel sentiment... La compassion est le propre de l'homme ? Certainement ; les autres animaux « évolués », fourmis et rats par exemple, n'éprouvent pas ce sentiment (ni aucun autre d'ailleurs) ; chez les rats, quand un rat est sévèrement blessé, on l'achève pour ne pas ralentir le groupe ; chez les fourmis, une fourmi qui se fait attraper par une plante carnivore ne sera pas libérée par ses copines, cela occasionnerait trop de pertes... Ainsi l'intérêt général passe avant l'intérêt particulier – l'homme éprouverait des émotions uniquement par égoïsme ?
Et maintenant allons sur le champ de bataille (attention aux obus tout de même – bon, pour éviter les obus on se mettra sur un champ de bataille de l'ancien temps). Que voyons-nous ? Des hommes, épée à la main, en tuer d'autres sans émotions, crier, frapper, hurler... L'homme est ainsi ravalé au rang de la bête, et donc sont-ils des hommes ? Question difficile ; mais si l'on considère qu'un humain doit éprouver de l'empathie envers ses congénères, les combattants ne sont pas des hommes, mais bien des bêtes... Ils sont des bêtes parce qu'ils n'ont aucune émotion, aucune tristesse, aucun remords... Ce qui fait le propre de l'homme, c'est ses émotions, et plus particulièrement son empathie.
Avez-vous lu l'excellent livre de Philip K. Dick Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? Non ? Et Blade Runner ? (c'est le même livre, mais avec un titre plus commercial...) Toujours rien ? Incultes ! (meuh non je vous pardonne...) Dans ce livre de science-fiction, le héros, un chasseur d'androïdes, doit retrouver des androïdes qui se sont échappés. Ces androïdes parlent comme un homme, agissent comme lui... Pas facile donc pour les retrouver... Sauf que l'on a inventé le test d'empathie de Voigt-Kampff. Et là, on peut dire avec certitude si la personne devant nous est un robot ou un humain. Le concept est simple : on met des capteurs sur la personne, puis on lui montre des images. Dans ces images, il y en a des désagréables ; un humain normal aura une réaction d'horreur, de tristesse, de dégoût, bref d'empathie. Et c'est sur ce critère que les humains sont différenciés des robots : les robots n'éprouvent rien. Oh bien sûr, c'est un petit peu plus compliqué, car les androïdes simulent des chocs électriques dans leur corps ; mais alors que la réaction est instantanée pour les humains, la réaction des androïdes est légèrement différée... ce qui permet de les distinguer des humains ! On doit à Philip K. Dick ce concept génial : « Si un robot est capable de percevoir la douleur d'un être humain et d'en souffrir, alors il peut être considéré comme un humain. A l'inverse, si un humain n'est pas capable de percevoir la douleur d'un autre, il n'est pas un humain. Ce qui pourrait conduire à une nouvelle sanction pénale : la privation du titre d'être humain, ce qui serait pratique pour châtier assassins, terroristes, bref tous ceux qui peuvent infliger la douleur à autrui sans en être affectés. »
Ca se complique, non ? On continue, alors. ^^

Les humains qui font du mal à d'autres humains ne doivent décemment pas être considérés comme humains – un autre exemple intuitif qui me vient à l'esprit : vous voyez un homme en torturer un autre, ou le traiter comme un chien, et vous vous dites : « Ca n'est pas humain ! » ; et précisément ça n'est pas humain, car traiter les humains en ne prêtant pas attention à leur douleur n'est pas humain. Mais alors, sommes-nous des humains ? Moi qui vous parle je me rappelle avoir donné un coup de pied à quelqu'un qui m'embêtait en maternelle – c'est grave, docteur ?
Eh bien comme le montre ce nouvel exemple, l'on peut dire que l'humanité ne s'acquiert pas à la naissance. Quand on est enfant, on ne se rend pas compte du mal que l'on fait, on agit en fonction de soi (ainsi les égoïstes ne sont pas des hommes – par exemple Don Juan, qui est un « épouseur à toutes mains » et qui fait du mal aux femmes qu'il délaisse en s'en fichant...). Ainsi quand on est enfant, on n'est pas encore un homme (assez logique si l'on y réfléchit). Freud et Dolto ont démontré la notion suivante (qui est très incongrue de par sa formulation, mais qui n'est pas fausse) : "l'enfant est un pervers polymorphe" (j'adore ^^) ; ce qui veut dire non pas qu'il peut changer de forme tel Merlin ou Madame Mim, et ce pour assouvir ses perversions infantiles, mais tout simplement que l'enfant en bas âge (avant l'âge de trois ans) ne possède pas d'empathie, veut assouvir à tout prix ses désirs, peut considérer les autres comme des obstacles et trouver intolérable de ne pas avoir ce qu'il veut. Ce qui rejoint ce que j'ai dit auparavant, et je donne l'impression de me répéter ; mais je préfère largement cette formulation de "pervers polymorphe", qui me semble tout droit sortie d'une séance d'écriture automatique ou d'un roman de science-fiction cyberpunk... L'enfant n'est donc pas capable d'empathie, et n'est donc pas un homme à proprement parler.
Mais l'empathie s'acquiert-elle avec l'âge, et devient-on forcément et automatiquement un homme à partir d'un certain âge ? La réponse est non ; si l'on n'est pas capable d'empathie, si l'on prend plaisir à faire du mal à autrui, si l'on se fiche de la douleur des autres, si l'on n'est pas habité par des idées de respect et de tolérance, alors l'on n'est pas un homme (ce qui élimine si l'on y réfléchit une bonne partie des personnes que l'on connaît...), et l'âge n'y changera rien. Il existe des pervers, polymorphes ou non, qui sont adultes, et il y a plus d'humanité dans l'oeil de ma petite soeur que dans celui d'un coupeur de cheveux xénophobe - la différence en fait est le "taux d'empathie", la faculté à démontrer de l'empathie pour autrui ; faculté plus ou moins développée chez certains.
Ainsi, comme disait ce cher Erasme, « on ne naît pas homme, on le devient » (je m'en veux de ne pas avoir cité cette phrase plus tôt, mais elle vient juste de me revenir en tête...) ; il existe une « éducation pour être un homme », éducation qui nous apprend respect, empathie et tolérance. Et si vous n'avez pas cette éducation, vous n'êtes pas un homme au sens propre du terme – et ça doit se ressentir dans votre comportement...
« Mais et moi, alors ? » vous demandez-vous peut-être ? Eh bien, à moins d'être très tolérants, de souffrir autant que tous les enfants du Mali, de faire tout votre possible pour arrêter les guerres dans le monde, de respecter tout le monde, de ne vous moquer de personne, de ne pas faire de discrimination aucune, vous n'appartenez pas au genre humain. Après, bien entendu, on peu nuancer – vous ne vous moquez pas beaucoup des autres, vous n'avez jamais tapé personne, vous êtes ouvert d'esprit... – ce qui fait que vous êtes plus ou moins humain, vous avez plus ou moins de chemin à parcourir... Mais c'est alors que vous m'interrompez pour m'asséner avec violence la remarque suivante : « Mais alors, personne n'est humain ? »
Vous me vous voyez tout confus, gêné. Et non, alors personne ne serait humain. Personne parmi les six milliards de créatures bipèdes qui peuplent cette terre ne répondrait aux critères d'humanité... Personne ? Non, j'exagère un peu. Il y eut des hommes, et il y en aura ; mais ces hommes sont des « leaders spirituels », comme Gandhi, Lennon, Bouddha, que sais-je ! Et Jésus ? Et si Jésus était un homme venu du ciel pour nous éclairer ? Il remplit du reste fort bien tous les critères d'humanité... Donc, ces personnes seraient des personnes douées d'une grande empathie, qui cherchaient à éclairer les bipèdes, à les sortir de leur malaise et de leurs postures bestiales, à réduire la douleur qui existe sur la Terre – ces personnes sont rares, mais elles existent.
Mais vous pourrez juste m'objecter : si personne n'est humain, alors ça n'est pas de l'empathie que l'on ressent, puisqu'il devrait s'agir de compassion vis-à-vis des humains... Bref, ne chipotez pas, je sais que vous avez compris : l'empathie est le propre des humains, et dans l'empathie il y a compassion pour les bipèdes, mais aussi envers l'animal et aussi le végétal... Donc, un être doué d'empathie ne doit pas écraser les fourmis, ni polluer la nature (couper du bois n'est pas criminel à partir du moment où on replante - mais ça je pense que c'est selon les points de vue de chacun...). Ce qui est assez logique : un homme qui tabasse à mort un chien (voir la scène d'ouverture de Dead Zone) ou qui répand les restes de son McDrive dans un espace naturel est-il un homme ou un sacré con ?
Ainsi, nous ne serions pas des hommes – regardez la tolérance : existe-t-elle vraiment ? Non, regardez : le discours des Lumières s'adapte encore très bien à la situation de maintenant... Alors quand Nietzsche parlait de se dépasser, de devenir un surhomme... Il faudrait peut-être commencer par être un homme ! Ou alors, le surhomme est « juste » un homme !

Que peut-on conclure à la fin de cet article ? (eh oui, c'est déjà fini...) Que l'homme est par nature bon, mais que personne n'est véritablement humain... Nous sommes quelque part entre l'homme et la bête, et nous arriverons tous un jour à devenir des hommes, à force (ou c'est vraiment désespéré...). Quelque part entre le 3 et le 4, comme dirait Werber... ce qui me fournit une formidable ouverture du sujet : comme disait Werber à la toute fin du « Père de nos Pères » : au vu des très longues périodes qu'il faut à quelque chose pour évoluer radicalement (ça se compte en millions d'années), ne serions-nous pas le chaînon manquant, un brouillon d'homme, imparfait, inaccompli ? Et n'est-ce pas de notre devoir de faire évoluer la race humaine ? Si ! Alors au boulot ! Répandez la bonne parole ! ^^




Album écouté : Joe's Garage - Frank Zappa

# Posté le mercredi 24 mai 2006 08:52

Modifié le dimanche 11 juin 2006 20:23

Peut-on douter de tout ?

La question étant posée, il ne me reste plus qu'à poser la réponse (comme disait si justement l'autre).
A mon avis, on peut douter, et on doit douter. Mais peut-on douter de tout, absolument tout, tout remettre en cause ? Et est-ce possible ?
Avant de partir dans un long et périlleux voyage vers l'infini et au-delà, mettons les choses au point : quand je parle de doute, c'est de remise en cause, de méfiance ; ça n'est en aucun cas des doutes humains, des questions, des peurs, des angoisses, du genre « Est-ce qu'il m'aime ? Est-ce que je peux lui faire ça ? Est-ce qu'il a vu que j'avais mis mon string rose ? ». Si nous nous attachions à ceci plus particulièrement, l'on quitterait alors le domaine de la philosophie pour entrer dans le domaine de la psychologie (pas que l'envie m'en manque, mais c'est qu'après on va venir s'installer sur mon divan pour tout me raconter alors que j'en ai strictement rien à foutre ! – ne niez pas, je vous connais). Donc, le doute dans cet article sera entendu au sens le plus existentiel du terme, le plus profond, le plus paranoïaque.

Le doute est une notion totalement humaine ; c'est le fait de remettre en cause, de se poser des questions concernant quelque chose qui existe, que l'on peut voir. Et le doute est justement ceci aussi : ne pas croire en ses sens, penser à un mirage, etc. Ce que l'animal ne fait pas ; si l'animal voit quelque chose, c'est que ce quelque chose existe, forcément, là, devant nos yeux, et que l'on peut le toucher. Preuve en est : mettez un chat devant un miroir et il va faire le tour pour essayer d'attraper le chat qui est derrière le miroir ; pour lui, le miroir est une vitre par laquelle il aperçoit un autre chat. Il est aussi à noter (en parallèle avec le sujet précédent) que cette attitude ne varie pas en fonction de l'âge du chat (ou de son nom ou de son pelage, mais l'âge convient mieux à mon exemple) ; nous apercevons là aussi la notion de perfectibilité que les animaux n'ont pas (selon Jean-Jacques – pas Goldman, incultes, mais Rousseau).
L'homme, quant à lui, passe vers l'âge de douze mois par le « stade du miroir ». Qu'est-ce donc, allez-vous me demander, à part un grand édifice où il y a plein de miroirs, comme au Palais des Glaces ? (vous avez de ces questions, parfois...). Ce stade du miroir a été mis en évidence par le psychanalyste français Jacques Lacan. Il consiste juste en la chose suivante : mettez un bébé de douze mois devant un miroir, et il se reconnaîtra ; il sourira, se fera des grimaces, se trouvera beau... Cette attitude montre que le bébé se reconnaît dans un miroir ; il comprend qu'il ne s'agit pas d'une vitre, mais bien de son propre reflet. Ainsi, il comprend la vraie nature du miroir : réfléchir (pas comme certains, direz-vous, auquel cas je ne peux qu'approuver) ; l'enfant comprend donc que ce qu'il voit n'existe pas réellement, ne peut pas être touché bien qu'il puisse le voir. L'animal, lui (j'ai pris l'exemple du chat, mais je pense que ça doit marcher avec à peu près tous les animaux – seulement essayez de tenir un miroir devant un guépard et vous comprendrez qu'on considère que ça marche pour tous les animaux), s'en tient à sa philosophie : ce que je vois existe, mes sens ne me trompent pas, tout ce qui est vu peut être touché. Alors que l'homme doute, en quelque sorte, car il fait une différence entre « je vois quelque chose » et « ce quelque chose existe et est tangible » (du latin tangere, qu'on peut toucher) : il voit son reflet, mais celui-ci ne peut pas être touché.
Pourquoi l'homme réagit comme ceci ? Mystère. L'homme serait-il naturellement fait pour douter ?

Ceci ouvre la voie à mon deuxième paragraphe (quelle transition, vous avez-vu ?). Si ce que l'on voit n'est pas tout le temps réel (un autre exemple : celui des mirages dans le désert ou dans les jours où vous avez grand'chaud – c'est cruel, mais je ris en pensant à la tête qu'ont pu faire les premiers hommes des sables en voyant que la source d'eau qu'ils voyaient au loin s'éloignait en même temps qu'eux), alors pourquoi ce qu'on voit existerait forcément ? Dans quelques cas (mirages et miroirs en sont un – enfin, deux... vous m'avez compris ; un autre exemple (pour les pêcheurs) est que quand vous plongez un bâton dans l'eau, on dirait que la partie qui est dans l'eau est inclinée différemment de l'autre partie) ce que l'on voit est une illusion ; alors pourquoi ne pas faire un cas général ? Pourquoi tous nos sens ne nous tromperaient pas en permanence ? On accède au niveau supérieur...
Pensez aussi à vos nuits : quand vous rêvez, tout vous semble réel, vraiment réel, avec des sons, des paroles, des choses que vous voyez, que vous sentez par le toucher (ou même par l'odorat d'ailleurs). Et pourtant, vous rêvez ! Vous êtes dans votre lit, en pyjama ou autre, et votre cerveau a l'image de vous, nu batifolant dans les champs, ou en collant et en train de survoler la ville... Votre cerveau est trompé, vos sens vous trompent ! Pire, même : ces sensations que vous éprouvez si fortement, et qui pourtant n'existent pas, votre cerveau les ressent... Les ressent, ou se les fait ressentir ? Peut-être même est-ce votre cerveau qui manipule vos sens exprès – et dans ce cas, pourquoi ne pourrait-il pas le faire quand vous êtes éveillé ? Pire encore, si c'est Dieu possible, est-ce que vous n'êtes pas en train de rêver en ce moment même ? Ce que vous ressentez comme étant votre corps, existe-t-il vraiment, dans la réalité ?
Vous pouvez m'objecter : il y a un moment où le doute s'arrête. Même en considérant la théorie du rêve : même dans votre rêve les triangles ont trois côtés et le rouge reste rouge. A ce quoi je peux objecter : est-ce que l'on ne me manipulerait pas ? Par quel moyen ? eh bien de façon divine par exemple : un dieu qui s'amuserait à tromper tout le temps de vos sens...
Quelle horreur ! Quel cauchemar ! Mon Dieu que faire ?
Bon, j'avoue, j'ai triché. Largement, mais c'était pour appuyer ma thèse. Les idées directrices des paragraphes ci-dessus ne sont pas de moi ; elles sont de mon lointain ami René. René Descartes. Vous le connaissez peut-être ? Bon, toujours est-il qu'il suit ce même raisonnement dans son ½uvre, plus particulièrement dans ses Méditations philosophiques. Et il trouve même le moyen de s'en sortir : à la question Existé-je vraiment ? il répond par l'imparable Cogito, ergo sum, « Je pense, donc je suis ». Evident, en effet, et imparable : si je doute, si je me demande si j'existe, c'est que je pense. Et je ne peux pas remettre en question si ma pensée existe : bien entendu qu'elle existe, puisque c'est avec elle que je doute ! Donc, si je doute, je pense, et si je pense, que le grand cric me croque si je n'existe pas ! Donc si je pense, je suis.
(Parenthèse : cette phrase fut détournée de manière peu scrupuleuse par des humoristes de tout pays, à mon grand désespoir... Par exemple, l'infirmière qui soignait Descartes et qui enlevait le pus de ses plaies (berk) pouvait dire « Je panse, donc j'essuie » ! (il existe la même blague avec Descartes faisant la vaisselle, mais celle-ci étant moins élaborée et moins drôle, je vous épargnerai ce supplice... si vous voulez en savoir plus sachez que je suis imbattable sur le sujet des blagues pourries sur les philosophes – voir aussi la blague de la femme de Louis Althusser (laissez un commentaire si vous voulez que je la raconte...)). Une autre blague, ma préférée car la plus fine d'entre toutes, est celle de Descartes à l'auberge où il a ses habitudes : « Alors, m'sieur Descartes, une bonne mousse, comme d'habitude ? – Euh, je ne pense pas... » et pof ! Descartes disparaît !
Je referme la parenthèse ici. Oui, juste là ==>)
Mais l'on peut se dire : j'existe, d'accord, mais le monde autour de moi existe-t-il ? Ce à quoi je répondrais que 1) vous avez trop vu Matrix et 2) vous n'avez pas totalement tort. En effet, un congrès réunissant des scientifiques du monde entier, principalement des physiciens, s'est déroulé il y a quelques mois (été 2005 si ma mémoire est bonne). Le thème : le monde existe-t-il vraiment ? Et si tout ne serait qu'hallucination collective ? Ce qui a poussé les physiciens à se dire ceci, c'est que la théorie quantique, l'ensemble de lois qui régit l'infiniment petit – plus petit que les atomes même, si petit que l'on ne pourra jamais le voir avec un microscope (à cause de l'incertitude quantique (je crois que c'est comme ça que ça s'appelle) : pour regarder dans un microscope, il faut de la lumière ; or à ce niveau de petitesse les particules de lumière viennent percuter les particules qui nous intéressent, qui de ce fait sont « réveillées » et pas observables dans leur état naturel – tout au plus on peut prévoir les emplacements et autres avec des probabilités) – bref la théorie quantique a été démontrée comme étant « étrange » en 1982 (officiellement, donc ; c'était un physicien français, Alain Aspect), mais on s'en était aperçu avant, notamment au niveau des interprétations qu'on pouvait en faire (les mondes parallèles, par exemple, qui peuvent exister ou pas), que certaines choses étaient floues, incertaines, bizarres... Il est à noter que la théorie quantique, qui date de 1925, sert toujours et même plus que jamais dans notre vie quotidienne (notamment au niveau des ordinateurs et autres lecteurs mp3 et CDs), malgré ses bizarreries, et qu'elle n'a cessée d'être utilisée depuis sa création. Mais pour revenir au sujet de l'hallucination, eh bien des physiciens se sont aperçus qu'en considérant la réalité comme n'existant pas (ne me demandez pas comment ils font, je n'en n'ai pas la moindre idée), des bizarreries de la théorie quantique se résolvaient toutes seules ! Mieux, certains sont maintenant convaincus que tout dans l'Univers n'est qu'information, une sorte de salmigondis de 0 et de 1 (comme dans Matrix, oui oui). Bref, nous pourrions très bien vivre dans un ordinateur ; d'ailleurs, comment expliqueriez-vous que divers phénomènes se soumettent à des mêmes lois mathématiques, des relations trouvées par les humains (voir par exemple le nombre d'or, qui se retrouverait aussi bien dans notre corps que dans la proportion hommes/femmes dans les ruches ou dans les spirales d'ADN) : qu'est-ce qui pourrait nous empêcher de penser que ces formules ne sont pas celles qui servent au micro-processeur de notre ordinateur pour modéliser la réalité ?
Ces questions sont certes troublantes, mais je ne sais pas si l'on doit s'apesantir dessus : de toute façon, si la réalité est irréelle, comment pourrions-nous nous en extraire ? (ceux qui me répondent en prenant la pilule bleue que vous propose le grand Noir aux dents de devant écartées est prié de fermer la porte en sortant) On ne pourrait physiquement pas nous en échapper, et c'est pourquoi je pense que l'on peut dépenser son énergie ailleurs.

Dans ces quelques lignes que vous lisez depuis le début du deuxième paragraphe, voire du premier, vous vous rendrez vite compte que je n'ai traité en fait que d'un seul type de doute : le doute existentiel, « est-ce que j'existe vraiment, est-ce que le monde existe ? ». Nous avons démontré avec René que l'on ne pouvait décemment pas douter de sa propre existence ; donc, ma question se résout d'elle-même, puisqu'on a trouvé un contre-exemple, et dans ce cas, on ne peut pas douter d'absolument tout.
D'accord, alors disons qu'il y a au moins une chose dont on ne peut pas douter. Mais est-ce que ça nous empêche de continuer notre voyage, de regarder d'autres exemples, d'autres types de doute ? Assurément non, au nom de la curiosité et de la rigueur. Alors je continue.

Et je continue en parlant d'un autre type de doute, que l'on pourrait apparenter à la méfiance, et surtout à la paranoïa (là pour le coup, oui).
Vous est-il déjà arrivé de vous dire : si on me mentait tout le temps ? Si rien n'était vrai dans ce que les autres racontent ? S'ils étaient tous contre moi ? Mais ne le dites pas trop fort, vous allez vous faire interner...
Avez-vous vu le film (excellent) The Truman Show ? Dans ce film, Jim Carrey (Truman, d'où le nom du show) vit sur une île, et est content de sa vie. Divers éléments, contrariétés, empêchements l'empêchent de sortir de l'île, mais c'est très bien comme ça. Le problème est que tout le village, les habitants, la mer – tout cela est faux ! Les maisons sont un décor (« le plus grand studio jamais construit, visible depuis la Lune »), les habitants des figurants ; tout ça pour une émission de télé : The Truman Show. Truman vit dans un monde où il est le seul à être vraiment sincère et à ne rien subodorer ; mais après tout, pourquoi le devinerait-il ? La situation se corse, bien entendu, car Truman découvre finalement que tout n'est qu'illusion et carton-pâte, et qu'il y a un autre monde dehors. Et, si vous enlevez les symboles dans ce film (notamment à la fin, les escaliers et la voix qui sort de nulle part, omnipotente), il reste une question que se posent peut-être certains paranoïaques : le monde dans lequel je vis existe-t-il vraiment ? Est-ce que ce ne sont pas des acteurs qui tiennent les rôles de mes parents ?
Voilà une autre définition du doute, plus paranoïaque certes : mais honnêtement, qui ne s'est jamais posé la question (ça ne doit peut-être pas arriver à tant de gens que ça, mais c'est un procédé d'accroche) ? Je me souviens étant plus jeune, j'avais une vision encore plus bizarre (mais seulement le soir, quand la lumière est éteinte et les petits garçons censés dormir) : je me disais que si ça se trouvait, on tournait un film sur la vie de quelqu'un, un film très très long, et que les répliques étaient écrites à l'avance, et que tout le monde étaient des acteurs – même moi ! j'avais le rôle principal, et quand je m'endormais le réalisateur disait « Coupez », je rentrais chez moi et je revenais le lendemain, et je ne me souvenais pas de ça car j'étais trop dans mon personnage ou l'on m'avait forcé à oublier avec des drogues pour que ça aie l'air le plus vrai possible ! Dément, non ?
Et pourtant... Même si on en n'est pas encore au point de penser que tout le monde joue la comédie pour vous piéger (vision paranoïaque de la vie, certes, mais aussi assez nombrilesque – penser que tout est fait pour me berner, moi tout seul, et que tout ça est fait exprès pour moi... vous ne trouvez pas ça un peu mégalo ?), dans le climat de méfiance vis-à-vis de l' « information » dispensée par les médias (le plantage du raisin en Bretagne, à 13h avec Jean-Pierre Pernaut, vous appelez ça de l'information ?) et de méfiance vis-à-vis des rumeurs, on peut penser que tout le monde vous ment – peut-être pas qu'à moi tout seul, mais aussi à tout le monde (thèse du complot, judéo-maçonnique, Illuminati, extraterrestre, rugbiesque (on appelle ça une mêlée, mais en fait ils parlent de leurs plans pour nous asservir), minus-et-cortex-sque (du dessin animé du même nom) ou forestier (cette façon qu'ont les arbres de se regrouper tous ensemble dans les forêts ne me dit rien qui vaille... en plus face à une coalition mondiale d'arbres nous ne ferions pas long feu (héhéhé jeu de mots))) – bref vous m'avez compris, peut-être que la réalité n'est pas ce qu'elle est, que nous sommes tous manipulés...
Cette vision des choses est difficilement réfutable, car cette paranoïa, bien que touchant du monde, est individuelle : son degré diffère selon les individus. De plus, on ne peut pas la combattre, empêcher ces gens de penser ceci ; on pourrait jurer sur l'honneur que personne n'est contre personne, mais est-ce que ça aurait un effet sur les gens ? Non, bien évidemment. Donc on ne peut pas empêcher des gens de penser qu'ils sont manipulés, qu'on leur ment ; de plus, il est vrai qu'on leur ment, que chacun ment (le mensonge est le propre de l'homme, pour paraphraser Rabelais), alors...

Maintenant, et pour finir en apothéose cet article, l'on peut se poser la question : à quoi ça sert de douter de quelque chose ? Douter de l'existence, douter de la vérité, douter des autres, tout ceci a-t-il une autre finalité que celle de nous faire perdre notre énergie ? En effet, sous le coup du doute, l'homme devient anxieux, troublé, nerveux ; bref, son être intérieur est tiraillé entre plusieurs sentiments, il devient un véritable héros romantique, frissonnant dans l'éprouvante amertume des sous-bois de l'automne, vivant sa mort chaque jour en adorant la vie... (et ça n'est pas Clément qui me dira le contraire). Or, si l'on se réfère à Nietzsche, le brave homme de qui on avait coutume de dire qu'il « philosophait avec un marteau », à cause de sa tendance à vouloir détruire toute idole et idéâââl, si l'on se réfère à la pensée de cet homme-là on trouve ceci : Nietzsche préférait le classicisme au romantisme, car le héros romantique meurt jeune, pauvre, troublé, et se ruine la santé car il est déchiré sans cesse par des tourments intérieurs ; le héros classique, comme l'art classique, est plus fluide, les peintures appartenant à ce mouvement comportent de grandes zones de peintures qui ont été faites avec de grands gestes fluides, il est souvent représenté comme calme, dispos, et vivant à fond sa vie, au lieu de se la gâcher avec des histoires de c½ur comme le fait le héros romantique. C'est ce qu'a prêché Nietzsche vers la fin de sa vie : l'amor fati, le Carpe Diem des Anciens (et de Mr Keating, voir le film avec Robin Williams) ; l'amour de l'instant présent, en ne tenant pas compte du passé, ni du futur, en vivant à fond ses passions, pour que l'homme finalement ne soit pas frustré à la fin de sa vie. Ce à quoi les opposants de cette vision rétorquent que l'on ne pouvait pas pratiquer d'amor fati à Auschwitz-Birkenau, par exemple. Ne nous aventurons pas dans ce débat-là, là n'est pas la question.
La question est plutôt de savoir à mon avis qu'auraient fait Galilée, Copernic, Einstein et les autres si le doute et la remise en question n'existaient pas ? S'ils s'étaient refusés à douter, se disant qu'il fallait profiter du moment présent sans se laisser déchirer par des contradictions, que seraient-ils devenus ? Que serait devenue l'espèce humaine ? Car là aussi est la fonction du doute : remettre des choses, des vérités, des idées reçues, des préjugés en question, douter de leur véracité, de leur existence (quand on parle d'idées, les deux termes se rapprochent l'un de l'autre), se poser les bonnes questions – et évidemment se donner les moyens pour confirmer ou infirmer la thèse de départ.
Donc douter sert vraiment à quelque chose, à lever des incertitudes, des imprécisions, à rectifier des choses carrément fausses – bref, à faire avancer les hommes ! Et les hommes seraient-ils évolués à ce point justement parce qu'ils doutent ? Mystère...

En conclusion, l'on pourra répondre de la manière suivante : non, on ne peut pas douter d'absolument tout (ça ne serait pas vivable sinon) car on est au moins sûr que l'on existe, mais on peut douter de beaucoup de choses, sans que ce soit nécessairement vrai mais quand même irréfutable (= pas de contre-exemples probants) ; de plus, le doute ne peut pas être chassé, car il est partie intégrante de l'homme et le fait avancer en le poussant à découvrir de nouvelles choses en remettant en question notions et idées... Nous pourrions même dire que le doute est à la base même de la philosophie ! C'est pas beau, ça ?
Sur ce, je vais me pieuter. (déjà 01h33, c'est pas sérieux, ça !) ^^




Ah oui, les albums (pardon, j'ai failli oublier) : Kill the Fuse – Uncommonmenfrommars / Dangerous – Michael Jackson / 30 cm – Elmer Food Beat (eh oui, toi aussi, jeune, philosophe avec Daniela !)

# Posté le mercredi 29 mars 2006 06:26

Tout se joue-t-il vraiment depuis l'enfance ?

Instinctivement, j'aurais tendance à dire oui. C'est d'ailleurs un des principes de la psychanalyse, aussi bien lacanienne que freudienne (avec quand même un intérêt particulier porté à l'enfance par Lacan – aux béotiens qui me lisent par milliers, je m'en vais vous expliquer les différences entre lacanIsme et freudIsme ; le freudisme : « Pourquoi ? - Parce queue. » ; le lacanisme : « Pourquoi ? - Parce que. – Mais pourquoi ? – Mais parce que-euh ! – Allez, dis pourquoi ? – Tu sauras pas, nananère-euh ! » - et je tiens à m'excuser auprès de l'association mondiale des psychanalystes) : la majorité des problèmes de l'adulte viendraient de troubles connus vers l'enfance.
Cependant, c'est un petit peu plus compliqué que ça (comme d'habitude – mais je crois que vous commencez à prendre le pli, nan ?)
L'éducation est-elle ce qui détermine les comportements adultes ? Regardons-y de plus près (prends ta tête à deux mains, mon cousin).

Pendant les premières années de votre vie, vous avez été élevé par vos parents (ou par un seul de vos parents, ou par la DDASS, peut-être ; mais vous m'excuserez de prendre le cas général ; de plus, c'est peu ou prou la même chose). Ce qui est normal : ce sont vos parents, ils vous aiment et s'occupent de vous, en vous changeant les couches quand elles commencent à déborder (je me sens plein de lyrisme, aujourd'hui) et en vous nourrissant - mieux, en vous aimant.
Et vient un jour (vous ne pouvez pas vous en souvenir, vous aviez neuf mois) où vous sortez de votre bulle, vous voyez que le monde ne se réduit pas qu'à papa, maman, manger, dormir, faire dans sa couche et regarder autour de vous. Vous voyez que le monde est plein de contrariétés, de choses que vous ne pouvez pas contrôler : vous, le bébé à sa maman, vous n'êtes pas le centre du monde, vous êtes différent du monde, et vous ne pouvez rien y faire. Alors, justement, que faire ?
Tout le monde fait pareil bien entendu à ce jeune âge : on se tourne vers les personnes qui vous aiment et qui vous ont aidé à survivre, vous leur demandez conseil concernant la vie, la manière de voir les choses. Vous voulez leur ressembler, parce qu'ils semblent mieux contrôler leur vie que vous, et vous vous mettez debout, vous apprenez à parler comme eux pour parler avec eux. Et comme vous partez de zéro concernant le domaine de la vie – vous avez à peine les réflexes primitifs de vos ancêtres ou des bêtes – vous suivez vos parents, ce qu'ils vous disent, leurs valeurs, etc.
Ainsi, vous suivez les conseils de vos parents ; et ainsi, vous vous faites (injustement) taper dessus parce que vous avez fait telle ou telle chose. Mais vous ne vous étiez pas rendu compte que c'était mal, car vous n'avez pas de morale – la morale est une invention purement humaine, et un animal n'aura pas de morale, de pitié, de remords, car il vit pour ses besoins basiques. C'est pas grave, c'est le métier qui rentre.
Et à force, vous comprenez que certaines choses sont mieux que d'autres ; qu'il vaut mieux faire certaines choses pour éviter de fâcher vos parents ; que manger son caca, c'est « dégoûtant », mentir c'est « pas bien » et qu'il faut « dire bonjour à la dame ».

Dans son texte Discours sur l'origine de l'inégalité parmi les hommes, Rousseau expose sa conception de la différence entre l'homme et l'animal, en introduisant la notion de perfectibilité. Vous allez voir, c'est très simple.
Rousseau dit simplement « qu'un animal est au bout de quelques mois ce qu'il sera toute sa vie, et son espèce au bout de mille ans ce qu'elle était la première année de ces mille ans ». Alors que l'homme, lui, apprend toute sa vie, et choisit ou rejette par « acte de liberté », alors que l'animal ne le fait que par instinct. Ainsi, l'animal a un comportement, comme un « programme », auquel il se soumet toute sa vie, sans changements ; l'homme, quant à lui, peut s'écarter de son programme. Comme dit Sartre, chez l'homme, « l'existence précède l'essence » : l'environnement et le contexte prend le pas chez l'homme sur l' « essence » humaine, le comportement primitif et instinctif. C'est là la différence avec l'animal, qui suivra toujours son « essence » d'animal ; Rousseau donne dans ce même texte un pigeon qui se laisse mourir de faim sur une tranche de viande car le pigeon, granivore par essence, est incapable de sortir de ce régime alimentaire, de sa nature, et se laisse donc périr ; Rousseau donne aussi l'exemple d'un chat se laissant mourir de faim à côté de fruits et de graines.
Vous vous demandez sûrement pourquoi je vous dit cela ? Eh bien la raison est fort simple : cette différence est aussi à l'origine de l'éducation. Regardez : un animal, un petit éléphanteau par exemple, dès qu'il sort du ventre de sa mère, sait déjà marcher, courir, et peut suivre sa maman. Sa formation n'est pas encore achevée, bien entendu : il n'a ni le poids, ni la taille, ni les capacités de ses parents, ne sait pas pour l'instant chasser ou voler. Mais il connaît déjà les rudiments de son espèce : marcher comme un adulte, etc.
Tandis que l'homme s'est écarté de sa nature, de son essence, qui le poussait à marcher à quatre pattes. Il s'en est écarté, s'est « perfectionné » pour reprendre le terme si cher à Rousseau, a évolué pour passer à la station debout, qui est totalement anti-naturelle. Le petit d'homme doit ainsi, quand il vient au monde, apprendre à s'écarter de ses comportements primitifs pour devenir véritablement un homme, un être capable de s'écarter de sa nature pour agir « librement », pour faire des choix que lui dictent sa conscience, elle-même influencée par le contexte. Si ça ne tenait qu'à lui, le petit d'homme, il resterait comme il est, à quatre pattes ; mais dans ce cas il serait un animal, car il ne s'écarterait pas de sa nature quadrupède. L'homme s'écarte de ses origines primitives, et l'éducation lui apprend ceci ; cependant, toujours dans le texte de Rousseau, si pour une raison ou une autre l'homme perd ce qu'il avait acquis avec sa « perfectibilité », en s'écartant de son essence animale, il retombe plus bas même que la bête (exemple : sadisme et autres cruautés que la bête ne fait pas, car elle tue pour manger et pas par plaisir), car la bête n'a rien acquis et n'a rien non plus à perdre, puisqu'elle agira toujours par instinct.

L'homme donc, au contraire de l'animal, doit apprendre à devenir un homme, et c'est à cela que sert l'éducation.
De plus, l'homme, on l'a vu dans des précédents articles, se laisse influencer par ses congénères (que ce soient camarades d'école ou autres), et même plus par les gens qu'il aime (ce qui s'appelle la confiance) ou qui font figure d'autorité dans sa tête (comme par exemple Georges Foreman, véritable autorité dans le domaine des barbecues – ne rigolez pas, c'est vrai !). Dans le cas des parents, on a les deux : le petit d'homme aime ses parents, et ils ont plus d'expérience et d'autorité que lui (plus d'autorité veut dire que papa crie plus fort et qu'il fait plus mal avec ses tapes au cu-cul que bébé avec ses petits poings). Il est donc normal, pour que l'enfant apprenne à grandir, qu'il se tourne vers ses parents. Et comme tout le monde, ce qui lui est dit et répété par quelqu'un qu'il aime va finir par entrer dans sa petite tête – c'est ce qu'on appelle les valeurs.
Bien entendu, les valeurs dépendent de plusieurs choses ; les plus importantes sont les valeurs des parents, et la société dans laquelle vit la famille.
Inutile je pense de m'apesantir sur la société, son influence est plus qu'évidente : elle influence les parents, et donc l'enfant, et véhicule des valeurs communes, comme un tronc commun que tous les enfants d'une même culture doivent avoir. Ces valeurs changent selon la culture : les valeurs d'égalité entre tous les hommes (valeur de la République, mais « inventée » et véhiculée par le christianisme) sont reconnues comme « évidentes » en France (plus généralement en Europe Occidentale), mais elles le sont moins dans des pays non influencés par le christianisme, comme au Moyen-Orient, où la démocratie met du temps à s'installer et la discrimination homme/femme encore présente ; inutile de se demander pourquoi : les religions véhiculent très fort des valeurs au sein d'un même peuple, surtout au sein d'un peuple influencé car « occupé » par la même religion depuis longtemps, et le message de « tous les hommes sont égaux, nos frères, que nous devons aimer » du christianisme n'est pas présent dans l'islam, où les femmes sont largement discriminées par rapport aux hommes. Et dans les deux cultures, cela semble normal, et ce que fait le voisin un peu moins (« nous n'avons pas les mêmes valeurs »). J'en profite pour poser une question (gratuite, mais qu'il me prenne l'envie de la développer un jour et vous allez voir ce que vous allez voir...) : la démocratie aurait-elle des relents de christianisme (assez rhétorique quand même), et devons-nous souhaiter un régime démocratique pour tous les pays du monde, changeant ainsi leurs valeurs en leur imposant des valeurs occidentales et chrétiennes ?
Trève de bavardages sur la société, venons-en aux valeurs des parents.
Les valeurs parentales ont tendance même à prendre le pas sur les valeurs de la société, car elles peuvent s'en écarter... au risque d'être mal considéré après (mais ça c'est votre problème). Ce qui se passe donc, c'est que les parents éduquent leurs enfants tous seuls, sans aide extérieure, et éduquent donc les enfants en fonction aussi d'eux-mêmes : en fonction de ce qu'ils trouvent normal, de leur attitude envers la vie, de leur caractère... Les enfants sont donc quasiment éduqués uniquement par leurs parents ; ceux-ci leurs transmettent leurs valeurs, et leurs manières de penser, mais que se passe-t-il si l'adulte a des problèmes non résolus dans son « moi profond » comme dirait l'autre, ou s'il a une vision pervertie des choses ? Eh bien, l'enfant garde ces valeurs, et se les approprie, et c'est comme cela qu'on en arrive à des observations du type « les enfants reproduisent le schéma familial de leur enfance, c'est à dire que les enfants de divorcés divorceront eux-mêmes, et ceux dont les pères frappaient leur femme auront tendance à frapper leur femme eux aussi » (car ils ont été élevés dans leur esprit avec une attitude « je dois écouter mon père, et d'après ce que je vois la femme doit être battue »). Le problème réside en ceci : les parents éduquent leurs enfants tout seuls, convaincus qu'ils seront capables d'éduquer convenablement un petit être, alors qu'eux-mêmes n'ont peut-être pas été bien éduqués ; mais les parents ne se remettent en général pas en cause, ou pensent être à la hauteur, ce qui peut donner des résultats... mitigés. Certains parents, peut-être plus humbles ou plus conscients de la charge énorme qui pèse sur eux, s'en remettent à des spécialistes, psychologues ou pédiatres, comme Françoise Dolto par exemple, ou bien plus simplement regardent chez les autres le bon et le mauvais (« jamais je n'élèverais mes enfants comme ça ! »). Mais leur personnalité finit pour eux aussi par ressurgir et influencer l'enfant ; cependant, certaines choses seront évitées, des valeurs saines mieux inculquées, ce qui donnera ensuite des enfants mieux construits, plus équilibrés, qui ne porteront qu'une charge réduite d' « hérédité parentale comportementale ».

Nous voyons donc que l'homme prend dans son enfance des réflexes et des valeurs qui lui sont transmises essentiellement par ses parents. Mais on peut se poser la question suivante : si l'homme pourrait s'écarter de son essence animale, pourquoi ne peut-il pas s'écarter de son éducation ?
Eh bien il peut ; et c'est là que les choses se corsent.

Il y a une différence entre s'écarter de son essence animale pour grandir, et s'écarter de son éducation. La raison essentielle, c'est que quand le nourrisson s'écarte de son essence animale (pour prendre par exemple la station debout), il le fait car il a un modèle, à savoir ses parents, qui peuvent le motiver encore plus pour qu'il grandisse. Mais quand, plus tard, l'homme devrait s'écarter de son éducation, comment faire ? Tout le monde autour de lui continue d'agir selon son éducation, alors pourquoi changer ? Et surtout, comment ? Eh bien, je pense que cela marche comme pour apprendre à marcher : il faut avoir un modèle, qui a d'autres valeurs, qui élargit l'horizon de pensée de l'homme, lui fait découvrir que la vérité est multiple, etc. Ce modèle peut être une autre religion (=inconnue, dans le sens où elle n'a pas déjà influencé l'homme dans son éducation) ou un mentor. Et pour le mentor, tout est bon : leader spirituel (ex : Che Guevara), philosophe (ex : n'importe lequel ; Karl Marx, Groucho Marx, Rousseau, Montaigne, Althusser (ne vous mariez pas dans ce cas-là... je lole – pour ceux qui n'ont pas compris, cherchez qui était Louis Althusser sur Wikipédia), Nietzsche, Jeffrey Lebowski, que sais-je encore !?), chanteur engagé (ex : Balavoine, Trust, ou Tryo à la rigueur – je dis à la rigueur car ils ne me servent pas du tout personnellement de mentors, et pour tout avouer je ne vois pas de qui peuvent-ils être les mentors ; mais bon, les goûts et les couleurs... (aïe pas taper !)). Le tout est d'avoir quelqu'un qui a d'autres valeurs, qui fait réfléchir, découvrir les choses ; bref, quelqu'un avec qui on est d'accord, et qui nous montre que notre comportement n'est pas tout bon, nous incitant à le changer... Bien entendu, ça n'est pas facile : il faut accepter de quitter le cocon familial, de remettre en cause les valeurs familiales, de se demander si on a été bien éduqué, etc. Il faut de surcroît posséder un peu de bon sens, de clairvoyance et d'intelligence, afin d'échapper à tout embrigadement (il me semble). Et je pense que bien des adolescents se reconnaîtront ici : remise en cause du cocon familial, ce qui crée quelques affrontements, et des parents qui ne comprennent pas le comportement de l'enfant car il a des valeurs différentes et « c'est pas comme ça qu'on l'a élevé »...
Mais là où le bât blesse, c'est au niveau de la « portée » de ce changement d'esprit : est-ce qu'aimer une autre musique que ses parents, ou aimer une discipline dans laquelle les parents n'ont jamais brillé, ou avoir des idées politiques différentes de celles de ses parents, c'est vraiment remettre en cause l'éducation des parents, c'est s'écarter de l' « essence humaine » telle que nos parents nous l'ont enseignée ? Eh bien... Je pense que, comme les goûts et les couleurs ne se discutent pas, et que ceux-ci sont variables selon les individus, aimer Céline au lieu de Duras n'aura pas de grande différence. Mieux, il se peut que les goûts soient eux aussi conditionnés par l'enfance : vos parents n'aimaient pas le théâtre, alors vous n'avez jamais lu de pièce de votre vie et vous n'avez jamais vraiment accroché, préférant la télévision, que vous regardiez le soir sur les genoux de vos parents ; ou pire encore, vous n'aimez pas la lecture car étant petit vous aviez peur de la bibliothécaire... Et en ce qui concerne les opinions politiques, eh bien... Je dois dire que celles-ci dépendent essentiellement des valeurs de chaque individu, si l'on accorde plus d'importance à l'écologie, ou à l'égalité ; et comme toutes valeurs, je pense qu'elles se transmettent bien souvent ; j'ai dénombré énormément de cas de proches qui sont de gauche tout comme leurs parents, ou de droite comme leurs pères avant eux (en fait, la majorité de mes connaissances je pense)... Cependant, n'étant moi-même pas comme ça (un marxiste-utopiste-nietzschéen dans une famille d'UMP, vous avez déjà vu ça ?), je ne peux pas faire un cas général ; et je ne sais pas pourquoi et comment une telle chose (aberration, diront certains – si, si, je vous ai entendus !) peut se produire.
Bref, le changement doit s'accomplir plus profondément que dans les goûts, au niveau même de la philosophie de vie, qui comprend les valeurs, le caractère et la manière de voir les choses ; c'est quand l'adulte ou le jeune adulte rejette les valeurs qu'on lui a enseignées tout petit, ou mieux encore, évalue leurs limites et en change ou en remplace certaines, que l'on peut à mon avis estimer que l'homme a pris du recul par rapport à son éducation, et s'est donc ouvert l'esprit, puisqu'il n'est pas resté cantonné à un seul mode de fonctionnement. Cependant, l'héritage acquis lors de l'éducation reste évidemment présent dans le cerveau de l'adulte. Est-ce bon, est-ce pas bon, là n'est pas la question.
Mais le changement peut se produire d'une autre façon, comme la perte d'un être cher dans l'enfance. Si tout devait se jouer effectivement dans l'enfance, l'adulte porterait à jamais le chagrin et la douleur dans son c½ur, sans possibilité de rédemption, et cette marque lourde lui foutrait sa vie en l'air. Au lieu de ça, il se passe ce que de nombreux psychologues, avec à leur tête plus précisément l'éthologue de formation Boris Cyrunlik, l'inventeur de cette belle notion qu'est la résilience. La résilience, en physique, c'est la capacité pour une matière d'absorber les chocs (par exemple, un fluide qui est assez mou pour ne pas porter la trace d'un doigt) ; cette notion a été appliquée aux humains, et plus particulièrement aux gens qui perdent un être cher dans leur enfance, et qui font face à leur douleur et passent outre, pour finalement n'en garder qu'une trace douloureuse et continuer la vie. Je vous conseille les livres de Boris Cyrunlik si vous voulez en savoir plus à ce sujet.


En conclusion à cet article-fleuve (après, je me mets au vert pendant trois ans ^^) : le devenir de l'adulte serait en grande partie conditionné par l'éducation que lui ont donné ses parents, par les valeurs transmises durant cette étape cruciale de la vie d'un homme, durant ce passage de l'animal à l'homme. Cependant, l'homme peut changer, se « perfectionner », changer des valeurs qu'il trouve dépassées, sortir du cocon familial, faire en quelque sorte une révolution intérieure pour se changer lui-même et finalement, se former un vrai esprit critique et libre.





Albums écoutés : The Color and the Shape – Foo Fighters / Speak and Spell – Depeche Mode

# Posté le lundi 27 mars 2006 02:54

Modifié le lundi 27 mars 2006 03:21