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Bouquet final

Une introspection en forme d'article, un article en forme d'introspection, bref, aujourd'hui et pour la dernière fois, je vais disserter sous vos yeux d'un sujet plus ou moins sérieux.

Dit comme ça, ça fait un peu exhibitionniste, ou phénomène de foire, ça fait spectacle ou autre. Pourtant, si on regarde bien en arrière, qu'ai-je fait sur ce blog, sinon exhiber une partie de mon anatomie que je ne dévoile que rarement en public, c'est à dire mon cerveau ? Qu'ai-je fait sinon montrer à la foule ce qui était sorti de mon cerveau après quelques réflexions, alors qu'elle ne le désirait pas vraiment ? C'est un peu la définition de l'exhibitionniste, non ? Et pour le phénomène de foire, en prenant un peu d'altitude et en regardant les blogs d'autres skybloggers, mieux le blog-type de Skyblog (c'est à dire l'album photo consternant d'intérêt pour peu que vous ne connaissiez pas le créateur du blog), je m'aperçois que contrairement à ce que je peux croire et défendre, il semblerait que l'anomalie, ce soit moi, pas eux...

Mais bon, je digresse. Vous êtes habitués, désormais. Ah ! Combien de phrases, combien de mots, combien d'idées ai-je lancé sous vos yeux durant ces deux ans ! Combien de fois j'ai digressé, combien de fois j'ai calembourdisé ! 28 articles en deux ans, soit environ 140 pages de texte – phew. Et dire que vous m'avez lu tout entier, pour certains, fous que vous êtes, ah !

Aujourd'hui, 25 juin 2007, cela fait 2 ans jour pour jour que ce blog fut commencé. C'est une bonne date pour le terminer aussi. Pourquoi l'avoir commencé ? Je n'en sais rien, je n'ai pas le souvenir d'une volonté consciente, à vrai dire...Pourquoi ai-je fait ceci ?
Ca ressemble à une question désespérée, de quelqu'un qui s'en veut. Ca n'est absolument pas le cas. J'ai été ravi, content, heureux, ému, zestful, delighted, feliz de faire ce blog pendant ces deux ans. Mais j'y reviendrai.
Donc, pourquoi ? Demandez à Schopenhauer ou Freud, et ils vous diront que c'est la pulsion sexuelle. Si c'est le cas, alors je me suis drôlement bien contenu – enfin quoi, j'aurais pu faire un blog vantant mes qualités pour la première internaute venue afin d'assouvir mes énormes besoins sexuels, ou écrire des textes à caractère explicite, mais non, j'ai fait des textes de philosophie (ou pseudo-philosophie, ça dépend de votre point de vue). Je ne suis pas sûr que ce soit le sexe, le moteur de ce blog – et ce serait vil de le ramener à ça : enfin quoi, c'est un blog fait pour réfléchir, quoi ! (et si c'était ça, le vrai moteur, vous forcer à réfléchir ?)
Vous pouvez aussi demander à Nietzsche, il vous répondra « volonté de puissance ». A-t-il tort ? Eh bien, il n'est peut-être pas exclu que j'aie fait ce blog afin de montrer mon point de vue et de vous le faire adopter, étendant ma sphère d'influence et de puissance. Cela étant, est-ce que ça a vraiment marché ? Non, bien sûr.
Ce blog n'aura pas changé le monde, ni fait évoluer les m½urs – disons les choses comme elles sont. Mais à la limite, qui s'en soucie ? Je ne suis pas porteur de révélations, je voulais juste qu'on discute tous ensemble de choses et d'autres, pour vous montrer mon point de vue, mais aussi pour que vous montriez le vôtre : ce blog n'aurait aucun intérêt sans les commentaires passionnés qu'il a soulevés, disons-le tout net.
On a parlé, on a débattu, on a confronté des opinions, on s'est appris des choses, le monde n'est pas changé mais je pense que tous les participants sont à peu près gagnants. Et je suis content de vous avoir fait gagner quelque chose.

Deux ans d'articles, deux ans de débats, deux ans de rencontres, deux ans d'échanges, bref deux ans super. Pourquoi arrêté-je ? pensez-vous depuis le début de l'article.
Raisons professionnelles, personnelles, etc. L'an prochain, je suis en classe préparatoire scientifique, interne au lycée Michel Montaigne de Bordeaux. J'emporte avec moi Mani, qui sera dans le même établissement, et Marcassin, qui sera à priori j'espère dans la même chambre d'interne que moi – la vie est belle de ce côté-là.
L'an prochain, prépa, donc travail, et surtout dans les matières scientifiques. Je n'aurai pas le temps de m'occuper de ce blog. Je regrette déjà de l'avoir par moments « oublié » au cours de l'année pour cause de travail, mais l'an prochain ce serait impossible, voire suicidaire, de le continuer. Ainsi il arrête sa course ici.

C'est sans véritable tristesse, dois-je dire. D'accord, c'était super, ces deux ans avec vous. Mais il reste les souvenirs, les impressions, et tout ce que ce blog – que dis-je, cette aventure humaine ! – a pu m'apporter, et vous apporter aussi j'espère. Je prenais un goût certain à vous écrire des articles de derrière les fagots, à vous voir répondre, à parler d'abstractions avec vous – et croyez-moi, tous ceux qui ont parlé avaient quelque chose d'intéressant à dire ici, ce fut un plaisir. Un plaisir, un truc excellent, que je ne suis pas prêt d'oublier : je vous remercie par la même occasion d'avoir été du voyage.

J'ai quelques regrets, j'avoue, mais ils sont vraiment mineurs. Par exemple, de ne pas avoir réussi à traiter tous les sujets que j'aurais voulu. En effet, j'ai toujours à l'heure actuelle sur mon bureau une liste de sujets potentiels pour ce blog – certains y sont depuis longtemps, et je n'ai pu les écrire, par manque de temps, d'envie, d'idées, que sais-je encore. Tenez, à défaut de leur consacrer un article, on va leur consacrer un paragraphe chacun – entrez dans la cuisine de philo-et-nutella...
De nos jours, pouvons-nous être romantiques ? Pouvons-nous croire en l'Amour avec un grand A ? (et non pas avec un grand tas comme l'écrivait Coluche...) Dans cet article (le plus développé de mes f½tus), j'aurais développé le rejet et la moquerie envers l'amour de nos jours. Beaucoup de gens ont peur de parler d'amour, n'y croient pas, etc. – de nos jours, l'amour, valeur qui me semble très importante, occupe une place ingrate. L'article serait parti de la remarque de quelqu'un qui disait que toutes les filles se moquaient des paroles de L'été indien de Joe Dassin, mais qu'elles aimeraient bien, elles, qu'un homme leur dise ça sincèrement et droit dans les yeux. Pourquoi donc cette place ingrate ? J'aurais développé le rejet de la religion, de l' « idéal bisounours » qui veut que l'amour est très important et qu'on peut vivre en paix grâce à lui ; puis le fait que l'amour ne corresponde à rien de fondé sur le plan scientifique : nous ne sommes qu'un amas de molécules, selon les théories scientifiques les plus réductrices – j'aurais aussi étudié et mis en évidence l'influence de la cyprine sur ce sentiment noble qu'est l'amour (et comme je sais que certains passeront vite sur ces mots, j'insiste : cherchez donc ce qu'est la cyprine... gnark gnark) ; puis l'influence de Freud, qui a « mis en évidence » le fait que le sexe soit la basse raison de nos actes, ce qui ravale l'amour au rang d'excuse ou de prétexte : comme disait Slavoj Zizek (gardien de but de l'équipe nationale de football de Pologne), les grandes valeurs de ce monde ont été détournées, notamment l'amour, supplanté par le sexe (raté, m'avez-vous cru ? Zizek n'est pas footballeur...) ; puis j'aurais éventuellement dit que l'amour n'était pas rentable, ou bien étudié le rôle du capitalisme comme inhibiteur de l'amour, et même du sexe (une citation de Houellebecq aurait été inévitable ici). Et j'aurais fini en disant que l'amour c'est bien, mais que les gens ont peur parce que ça implique un abandon de soi, de liberté, de protection, au profit de la confiance, et ça c'est assez révolutionnaire quand on voit les journaux télévisés ou les votes. Bref, voilà, c'est assez développé. Je n'ai pas traité ce sujet par manque de temps, mais il me semble que j'aurais eu des problèmes dans la position de l'amour dans la société, qui souffre d'une ambiguïté ou de contre-exemples qui auraient ralenti ma prose, enfin passons.
Pouvons-nous tomber amoureux de quelqu'un d'autre que nous-même ? Ici, j'aurais développé, par exemple, que les traits de caractère que l'on cherche chez quelqu'un sont ceux qu'on a ou qu'on cherche à atteindre, et que des goûts ou attirances similaires peuvent rapprocher deux êtres – donc l'autre vous ressemble beaucoup, d'où psychologiquement une attirance en réalité pour vous-même. Ou quelque chose dans ce goût-là.
Le rire est-il totalitaire ? J'aurais ici développé que le rire est un totalitarisme dans le sens où on vous apprend qu'il faut rire ou sourire, et que de ce fait vous êtes embrigadé dans une logique de rire ; de plus si vous ne riez pas à une blague alors que tout le monde y rit, vous serez regardé d'un air bizarre, comme un opposant au régime. Le rire est totalitaire dans le sens où il est appliqué et applicable en permanence, et donne à son détenteur un pouvoir certain sur les gens – il manipule leurs émotions en racontant l'histoire drôle de telle sorte afin de provoquer telle réaction ; et de plus vous remarquerez qu'il a un ascendant psychologique sur les autres, mais aussi le fait qu'on le trouve plus sympathique et qu'on ira vers lui, alors qu'il pourrait très bien être foncièrement méchant...
Les autres sujets sont à l'état d'ébauches ou de fausses couches, j'arrête ici, c'était pour vous faire voir ce que vous avez manqué.

Mais je parle, je parle, et je tourne en rond, non ?

Bref, au risque de me répéter, j'ai passé un excellent moment avec vous, et je vous en remercie.
Merci à tous les contributeurs plus ou moins épisodiques, les gens qui sont passés et repartis, les gens en général qui se sont arrêtés pour lire. Je ne les nomme pas, ils sont nombreux – du moins j'espère. Merci aussi à tous ceux qui sont passés plus régulièrement.
Merci plus particulièrement à Kriss, à laprofdephilo, et à Georgewalter pour toutes leurs interventions.
Mmerci aussi à Véro, d'avoir su dénicher ce blog à ses débuts malgré le manque flagrant et voulu de publicité de son créateur, et pour tous ses commentaires par la suite.
Merci à Wanda pour ses interventions, son suivi de longue date, son humour, ses commentaires, ses combats contre Skybeurk.
Merci à Réorienteur, pour ses remarques, son blog bien souvent hilarant, ses analyses sérieuses de P8D qui ont permis de trouver ce qu'était véritablement P8D (je suis convaincu qu'il a trouvé la solution), pour sa pertinence, et son impertinence.
Merci à Mike, pour son esprit frondeur, son surréalisme, ses combats énergiques contre la bêtise, les robots censureurs, les mouches vertes (green flies) et les gothiques geignardes, ses remarques constructives, les débats qu'on a eu, et globalement toutes les relations humaines que j'ai pu avoir avec lui. Merci beaucoup, Mike.
Merci surtout, plus personnellement, à Marcassin et Mani – même si on va se revoir dans deux jours, je tiens quand même à vous remercier, pour votre implication dans l'aventure, et pour ce que vous êtes. J'ai découvert Mani grâce à ce blog, et avec elle j'ai parlé, débattu, ri, échangé des idées, découvert une personne exquise – heureusement qu'elle est venue sur ce blog. J'ai déliré et débattu tout du long avec mon Marcassin préféré, et comme j'adore ce type et que je le trouve extra, c'est bien simple, j'ai tout simplement a-do-ré sa présence ici. Merci à vous deux. Je vous adore. Vivement l'an prochain.

Ce blog touche à sa fin. Une page virtuelle qui se tourne. Il reste cependant en ligne, comme une bouteille à la mer, pour les générations futures. L'intégrale des textes est sur http://philo-et-nutella.site.voila.fr/ : si ce blog venait à disparaître, le « site internet », lui, reste.

Je vous souhaite une très bonne continuation à vous. J'espère vous revoir bientôt.
Et je conclurai en citant Réorienteur : « Et quoi que vous fassiez, faites-le bien. »

Ciao à tous,
Hugo Labrande
Alias Philo-et-Nutella

# Posté le lundi 25 juin 2007 05:08

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